Prologue
Bonjour, salut. Paix! je suis l'orateur, Ou le prologue envoyé de l'auteur.
1. Aucune esquisse n'appartient formellement à ce genre. On doit y rattacher seulement la réflexion que nous reproduisons dans le texte et qui poile la mention grecque : QtdTZ. psvav., c'est-à-dire G£(T7rtaxat ^tw.-j§où(/.i, Thespiaques ou compo-ilions dramatiques dans le goût de Ménandie.
2. C'est-à-dire comédies combinaat une action dialoguée avec les évolutions et les chants d'un chœur, à la manière des anciens Grecs.
3. Édit. G. de Chénier. Cette pièce porte en tête la mention Kwp&xî. aptflp. 7'OijT., c'est-à-ilire KwfAoj^ia «jOiaToijpavsta : rovjTEç, comédie dans le goût d'Aristopliasne, es Charlatans.
Si vous arez feuilleté quelques pages,
Tout ce cortège aux folâtres visages,
Ces chœurs dansants, et ces ris un peu fous,
Vous fout juger assez que devant vous
Se vient montrer la gente comédie;
Nca cette froide, insipide, étourdie.
Qui ne dit rien, et se pare aujourd'hui
De mots fardés, de grimace, d'ennui.
De plats sermons; mais celle que l'Attique
Vit s'agiter sur son théâtre antique.
Le bon rimeur qui fait que nous voici
A d'autres dieux fut dévot jusqu'ici.
Ses vers, amants des forêts solitaires,
S'embellissaient d'études plus sévères.
Mais de sa route il faut quelques instants
Qu'il se détourne. Un tas de charlatans,
De vils escrocs, à qui chacun fait fête,
Ont de sa bile excité la tempête.
Or, comme il faut, pour flétrir ces pervers^
Les saupoudrer de caustiques amers.
Il veut contre eux, pour signaler sa haine,
Ressusciter la scène athénienne.
Et c'est par nous qu'étalant une voix
Neuve aujourd'hui, populaire autrefois,
Il les fustige, et sur leur dos profane
Fait pétiller le sel d'Aristophane.
Ce Grec railleur, une fois trop mordant,
Contre Socrate envenima sa dent.
Mais il eut tout, esprit, force, harmonie.
Invention, gaîté, grâce, génie.
De sou vers fin les acres aiguillons
36 TIItATRE
Faisaient merveille à larder les félons.
Et suis marri que notre grand Voltaire,
Que l'on croit plus qu'à Rome le saint-père,
A tout propos nous le dénigre, au lieu
D'étudier pour le connaître un peu.
De ce rieur que chérissait la Grèce
Il eut l'esprit, la verve, la finesse;
Faut-il soi-même (et c'est ce qu'il fait, lui)
Se souffleter sur la face d'autrui ?
Sus. Ouvi'ez donc de grands yeux. Notre scène
Va vous offrir toute la vie humaine :
Vous, vos amis ; miracles et jongleurs,
Songes, esprits, prophètes, bateleurs,
Contes sacrés, sottises qu'il faut croire,
Dupes, fripons. Bref, toute votre histoire ;
Si, qu'entre vous vous regardant au nez.
Vous rirez bien de vous voir bien bernés.
Mais quoi! j'entends une geiit débonnaire
Qui vient me dire ; — Hélas ! comment se plaire
Aux petits vers qui fessent le prochain?
— Oui, mais que diable ! on se lasse à la fin.
Je sais qu'il est permis d'être un peu bète.
Mais quand partout, prêt à courber la tète,
Le genre humain de boue enseveli.
Bien orgueilleux d'être bien avili.
Lèche en tremblant toute main qui l'assomme,
L'honneur s'en mêle. Alors en honnête homme
Ne peut-on pas, les verges à la main,
D'un vers aigu fesser le sot prochain.
Le démasquer, et lui faire connaître
Qu'on le connaît? — Il rougira, peut-être.
— Mes chers amis, rougissez, rougissez, Je vous connais, et vous serez fessés.
Pour votre bien il faut qu'on vous étrille. Confessez-moi votre humble peccadille.
Eh bien? partout mensonge respecté, Fourbe adorée et bon sens insulté!
Sottise altière, et de soi-même enflée!
Raison proscrite et vérité sifflée !
Et voiK absoudre après cela? non pas, Non, je ne puis. Trop énorme est le cas. Venez, venez. Sur votre large échine, Je vous prépare un peu de discipline.
Aussi dit-on qu'il faut, en bon chrétien. Bien châtier ceux-là qu'on aime bien.
Mes bien-aimés, le fouet qui va vous cuire Vous instruira, si l'on peut vous instruire. Si, par après, malgré mes soins pieux, Bien corrigés, vous ne valez pas mieux, A votre dam. Vôtre sera la honte.
Et devant Dieu je n'en rendrai point compte. J'accuserai votre esprit corrompu, Car j'aurai fait tout ce que j'aurai pu
L'action doit durer du matin au soir.
La scène peut s'ouvrir par le richard avec deux des sycophantes qu'il a recueillis chez lui, qui arrangent toutes choses pour l'expérience (les diables dans le flacon)... lia, lui, et il admh'e, deux énormes diamants que le charlatan lui dit avoir composés de dix à douze petits qu'il lui avait confiés... Il racontera cela à tous les messieurs et dames qui arriveront; comment il les lui a fait peser... que c'était le même poids... Alors tout le monde (quand il sera entré) lui confiera des diamants en le priant d'en faire de gros...
38 ïillwVTRE
Il les mettra tous dans sa poche. (C'est avec cela qu'il s'en ira à la fin. Il dira à ses confidents, dans le cours de la pièce, qu'il a toujours tous ses diamants en poche; et qu'il en a maintenant pour une somme énorme, pour 200,000 écus. )
Le jeune homme et la jeune fille sont deux cousins... L'homme sage seulement ami ou peut-être tuteur du jeune amoureux.
Il séduira les hommes par l'espoir de faire de l'or, etc.. les femmes, jeunesse éternelle, ne point mourir, etc.... Parmi les gobe-mouches, deux fats, bien crédulèé, bien bétes, bien raisonneurs.
Quand tout le monde arrive chez la dame, le petit cousin arrive aussi... et, en passant, à l'oreille : — Bonjour, belle cousine... Elle : Bonjour... Non, asseyez-vous plus loin... pas auprès de moi.
Les charlatans valets ont dit, dès la seconde scène, combien la jeune fille de la maison est aimable et jolie, et que leur chef pourra bien en avoir envie, et qu'il ferait fort bien, et qu'il en a déjà eu beaucoup ; et qu'elle ne parait se soucier de personne.
Après que, par la description de la jeune personne innocente qu'il lui faut, il l'aura désignée et fait nommer sans la nommer lui-même, il dira qu'il faut qu'il lui parle seul, sans que personne puisse entendre, ce que la mère trouve fort bon, et le cousin mauvais.
Et je dois seul ici l'interroger.
Ohl
Pourquoi non:
1. Les lettres grecques désignent les personnages : a laiioureux, j3 la jeune fille sa cousine, y la mère de la jeune fille ; S, f, Ç, "fl, 6 cinq dupes ou naïfs, et i le maître charlatan (y6"/;çj.
Madame, uu étranger, Un inconnu!
Monsieur, dans ma famille 11 ne l'est point. De plus, monsieur, ma fille Peut bien sur moi s'en reposer en paix, Et vous aussi. Je sais ce que je lais.
Soit. Pardonnez, madame, etc..
Puis, comme tout le monde se lève pour s'en aller et sarréte, il s'approche d'elle.
Vous verrez donc le diable?
Oui.
Le beau sort!
P Vous voudriez être à ma place?
Fort.
Vous fatiguer ainsi de leur folie!
Oh! sans murmure un quart d'heure ou s'ennuie.
Vous laisser seule avec cet impudent!
Maman le veut.
a Oui, le trait est prudent.
Mais j'ai, je crois, assez de ma prudence. El voilà, cerle, un ton de défiance...
J'ai donc besoin de vous pour m'éclairer, Et loin de vous je pourrais m'égarer?
Non, mon Dieu, non. Mais qu'a-t-il donc affaire De vous parler ? Vous n'êtes point sorcière. Que vous veut-il?
Nous le saurons. Adieu.
Ne boudez pas.
Allons, quittons ce lieu.
Descendons tous chez moi.
Croyez, vous dis-je, Qu'il le fera.
D'honneur, un tel prodige!
Voir des esprits! oh! madame!
Eh bien"? quoi?
Sans doute.
Après ce que j'ai vu, ma foi, Moi, je crois tout.
Allons donc, le temps presse.
Avec monsieur, ma fille, je vous laisse.
(Ils sortent tous, et l'amoureux tarde, faisant semblant de regarder des machines.)
Monsieur, j'attends, car dans cet entretien. Moi seul...
Eh oui, je sors, je le sais bien.
t Bon, bon, je vois.
(Suit la scène avec la jeune personne).
Vous êtes nés pour manquer de bon sens. Moi, je suis né pour rire à vos dépens.
Mais les humains ont besoin d'être sols.