‹ Œuvres poétiques; précédées d'une étude sur André Chénier (volume 2)Chapitre 138 sur 173 · L'auteur avait écrit d'abord · texte numérisé non relu

L'auteur avait écrit d'abord

Le désespoir, la fièvre, etc.

ïambes 303

Ne froncèrent jamais votre sourcil farouche;

Et si les infâmes progrès, Si la risée atroce, ou, plus atroce injure.

L'encens de hideux scélérats, Ont pénétré vos cœurs d'une large blessure.

Sauvez-moi. Conservez un bras Qui lance votre foudre, un amant qui vous venge.

Mourir sans vider mon carquois !

Sans percer, sans fouler, sans pétrir dans leur fange

Ces bourreaux barbouilleurs de lois!

Ces vers cadavéreux de la France asservie,

Égorgée! ô mon cher trésor, 0 ma plume, fiel, bile, horreur, dieux de ma vie!

Par vous seuls je respire encor*.

Comme la poix brûlante agitée en ses veines

Ressuscite un flambeau mourant.

Je souffre; mais je vis. Par vous, loin de mes peines.

D'espérance un vaste torrent Me transporte. Sans vous, comme un poison livide,

L'invisible dent du chagrin.

Mes amis opprimés, du menteur homicide

Les succès, le sceptre d'airain.

Des bons proscrits par lui la mort ou la ruine.

L'opprobre de subir sa loi.

Tout eût tari ma vie, ou contre ma poitrine

Dirigé mon poignard. Mais quoi !

Nul ne resterait donc pour attendrir l'histoire*

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