‹ Œuvres poétiques; précédées d'une étude sur André Chénier (volume 2)Chapitre 159 sur 173 · IMITATION DE VIRGILE · texte numérisé non relu

IMITATION DE VIRGILE

Hâte-loi, Lucifer, que ta marche trop lente Nous ramène du jour la clarté bienfaisante.

1. Iliade, liv. IV, v. 473. Edition de G. de Chénier a. Ville étrloïue. Édition de G. de Chénier

Trahi d'une perfide indigne de mes soins, Dieux, quoique de son crime inutiles témoins. C'est cependant à vous qu'à mon heure dernière Je viens contre l'ingrate adresser ma prière. Amour, tu me fus cher entre les immortels; De roses mille fois décorant tes autels, Et couronnant ton front de pieuses guirlandes, A tes pieds j'épandis mes plus belles offrandes. Que Mopsus, s'il le peut, t'en vienne dire autant. Ta faveur m'était due; une ingrate pourtant Goûte avec ce perfide une infidèle joie; A des bras étrangers ses charmes sont en proie. Nise unie à Mopsus ! pour quels vœux désormais. Amans, pourriez-vous craindre un funeste succès? Bientôt au noir corbeau s'unira l'hirondelle ; Bientôt à ses amours la colombe infidèle Loin du nid conjugal portera sans effroi Au farouche épervier et son cœur et sa foi. 0 de ton digne époux, de Mopsus digne épouse. C'est ainsi qu'autrefois, quand ma flûte jalouse. Pleurant, te reprochait ton ingrate rigueur, Fière et d'un rire amer tu déchirais mon cœur. Tu raillais ma pâleur et ma langue glacée, Mes cheveux négligés, ma barbe hérissée; Et moi faible, crédule, impuissant de mes feux. Tu m'étais chère encore et possédais mes vœux... Ah! je connais l'amour; son enfance cruelle D'une affreuse lionne a sucé la mamelle; Et depuis, n'inspirant que troubles et malheurs. Sa rage ne se plait qu'à nager dans les pleurs. Dans le sang de ses fils, par l'amour égarée,

APPE INDICE 347

Une mère trempa sa main dénaturée.

Mère, tu fus impie, et l'amour inhumain. Oui d'elle ou de l'amour eut plus de barbarie? L'amour fut inhumain; mère, lu fus impie!

(10 octobre I778<).

Quand à peine Clothon, mère des destinées A mes trois lustres pleins ajoute quatre années. Mon cœur s'ouvre avec joie à l'espoir glorieux De chanter à la fois les belles et les dieux. Né citoyen du Pinde et citoyen de Cnide, Avide de plaisirs et de louange avide, Aux antres d'Apollon pontife inilié, Aux banquets de Vénus convive associé. Au temple de Paphos, sur la lyre d'Orphée, Mes chants vont à Vénus consacrer un trophée. Peuple, sur nos climats le printemps couronné A fait luire son front de roses couronné. Ses yeux de la déesse ont ranimé l'empire. Connaissez son génie aux feux qu'elle m'inspire. Tant que la lyre d'or va chanter sous mes doigis^. D'un silence sacré favorisez ma voix.

(Quant au profane qui en troublerait les chants)

Que jamais la beauté ne daigne lui sourire; qu'il meure, qu'il expire.

1. Dix ans plus tard, l'auteur, relisant cette petite pièce faite au collège, écrivait au bas : « J'avais seize ans. Il y a quelques bons ver,-;. • (G. de CUénicr.)

Il en a même utilisé les six derniers, comme on le voit, tome I, p. 93.

Sans que Délie en pleurs

Veuille arrêter son âme ou partir avec lui* Sans que

Sans que pâle et mourante elle suive son deuil; Sans que le voyageur pleure sur son cercueil Et souhaite, en quittant cette terre étrangère, Qu'à ses mânes heureux la tombe soit légère.

Ahl quand presque en naissant, hier, presque mon cœur

Se nourrissait au loin d'un avenir flatteur;

Quand le charme qui suit les premières années

Ne m'offrait devant moi que belles destinées,

Assuré de mes dieux, quand mes jeunes projets

Me promettaient un nom, des plaisirs, des succès,

Au sein de mes amis une vieillesse heureuse : Ah! je ne pensais pas, faible et naissant flambeau. Sitôt m'aller éteindre en un obscur tombeau 2. De maux prématurés la foule qui m'assiège Méconnaît de mes ans le faible privilège; Et je vivrais aux pleurs, aux tourments condamné, Esclave volontaire à la vie enchaîné,

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