FRAGMENT INEDIT
Ah! ne le croyez pas que par moments j'oublie
Et mon cœur et l'amour, extase, poésie,
Vous surtout, belle et douce à mes rêves secrets,
Vous dont les purs regards fout les miens indiscrets.
Sans doute c'est plaisir d'oublier à son aise
La tenace douleur qui déchire ou qui pèse,
Les ennuis au fiel noir, l'argent que l'on nous doit.
L'avenir et la mort qui nous montre du doigt.
Tout ce qui se résout en larmes chez les femmes...
Les petits maux souvent veulent de fortes âmes.
Mais aussi dans la paix, voluptueux penseur.
Je suis de ma mémoire absolu possesseur;
Je lui prête une voix : puissante magicienne.
Comme aux brises du soir, une harpe éolienne!
Et chacun de mes sens résonne à cette voix.
Mon cœur ment à mes yeux, absente je vous vois.
Alors je me souviens des amis que je pleure.
Des temps qui ne sont plus, d'un espoir qui me leurre,
1. Ce fragment parait se rattacher à l'épître à M. Bailly. Voy. p. 20, dernier paragraphe.
2. Ces vers ont été imprimés sous ce titre et avec la signature Ju poète dans les Annales romanliques (l83i], retrouvés par M. Becq de Fouquière; dans ce recueil et réimprimés dans le Temps, du 29 octobre 1878. Quoiqu'ils n'aient point de date, la faiblesse de ces vers permet de les ranger parmi les œuvres de jeunesse.
De la riche natiu'e apparue à mes yeux, De mes songes d'hier toujours vains, mais joyeux, De mes projets en l'air... Que sais-je? Galatée De marbre, qui s'anime aux feux de Prométhée... Ce qui me rit un jour, plus tard je m'en souvien, Trop oublieux du mal, et souvenant du bien.