COMPARAISONS
La nuit vient... et passe... le jour renait... Et comme on Toit une nation de fourmis... da^ns les champs lenoirpeurfle chemine et va en rampant...
Ainsi pour les travaux, pour le gain, pour la peine, S'éveille avec le jour la fourmilière humaine.
Aussitôt dans la cité, dans le port...
Tout s'émeut et s'empresse
On traîne, on porte, on court. L'aigre dent de la scie Mord la pierre ou le bois. La lime ronge et crie. Sur les longs clous de fer tonnent les lourds marteau.x. Les roues. . . . glissent sous les fardeaux. Les fouets sifflent dans l'air et les chevaux dociles Poussent, en agitant leurs sonnettes mobiles. Partout au loin se mêle un tumulte de voix Et de hennissements et de rauques abois.
Le héros couché entend ce bruit, etc.
Comme un chien vigilant couché près de son maître,
D'aussi loin qu'il a cru reconnaître le bruit
D'un passant vagabond qui chemine la nuit,
Se dresse, jappe, écoute; et si le bruit augmente.
Crie et s'élance et gronde et saute et se tourmente;
Ainsi
Homère compare les fleuves à l'huile : ûinzsp ùmio-j ^, \. Iliade, liv. II, v. 754.
Moins lenle on voit couler la liqueur de l'olive.
Doux comme la vertu, beau comme la pudeur.
Ainsi, sur une cime élevée une immense quantité de neige s'amoncelle et demeure suspendue et immobile au penchant du mont. Mais un seul flocon qui se détache donne à tout le mouvement; il en entraine un second, puis un autre ; et bientôt tout cet amas énorme s'éboule dans la vallée avec un fracas épouvantable.
Ainsi, quand la tempête aux ailes ténébreuses.
Le serpent (voyez Virgile'), aux rayons du soleil,
De sa queue à longs plis sillonne la poussière Et de son triple dard fait siffler la lumière.
Ainsi, une génisse dans l'étable, si quelqu'un vient toucher et caresser son veau, croit qu'on veut le lui enlever elle tourne la tête, elle fait effort pour se détacher et venir à son secours et mugit douloureusement.
Ainsi, un homme qui, dans le cœur de l'hiver, veut passer un fleuve glacé... Il s'avance... mais au milieu, tout à coup, il entend la glace crier et se fendre sous ses pieds... il s'arrête.
Il pâlit. Sur son front se dressent ses cheveux. Tremblant, l'effroi l'agite et roule dans ses yeux. Le tumulte, la mort égarent son visage, Et sa mère, à grands cris, le rappelle au rivage.
1 Géor<jiqnes, liv. III, v. 424 cl 439.
Un héros qui a souffert des injustices s'éloigne comme Coriolan et cache partout son nom comme Ulysse. Quil s'appelle Alphonse, par exemple. Il trouve un vieillard comme Philoctète qui lui demande des nouvelles de l'armée, et celui-ci... et celui-là... et ce vieillard...
Il invoque la mort, il a pleuré sou fils.
0 dieux! réplique le vieillard, c'était mon plus ancien ami. Nous avions ensemble étudié... et ce jeune héros... cet Alphonse... Alphonse? — 11 a vécu.
Puis il finit par aller chercher un asile chez un prince américain à qui il a fait tout le mal possible. Il entre non à la manière des suppliants... mais le prince hospitalier, qui est alors dans un festin, s'approche de lui... « Etranger, viens t'asseoir à ma table... Tous les humains rencontreront chez moi l'hospitalité... Il n'en est qu'un seul qui y trouvera le châtiment de ses barbaries... Pliit aux dieux que la tempête le jetât ici!... C'est ce dur Espagnol, c'est ce cruel Alphonse... » L'étranger l'interrompt... « Je suis Alphonse... C'est moi qui t'ai fait tant de mal et qui viens t'aider à le réparer. »
Un Inca, racontant la conquête du Mexique par les Espagnols, que le peuple prenait pour des dieux, s'exprime ainsi :
Pour moi, je les crois fils de ces dieux malfaisants Pour qui nos maux, nos pleurs, sont le plus doux encens. Loin d'être dieux eux-même, ils sont tels que nous sommes. Vieux, malades, mortels. Mais, s'ilsétaient deshommes, Quel germe dans leur cœur peut avoir eafa'.'lé Un tel excès de rage et de férocité?
Chez eux peut-être aussi qu'une avare nature N'a point voulu nourrir cette race parjure. Le cacao sans doute et ses glands onctueux Dédaignent d'habiter leurs bois infructueux. Leur soleil ne sait point sur leurs arbres profanes Mûrir le doux, coco, les mielleuses bananes. Leurs champs du beau maïs ignorent la moisson, D'herbages vénéneux leurs terres sont couvertes. Noires d'affreux poisons, leurs rivières désertes N'offrent à leurs filets nulle proie, et leurs traits Ne trouvent point d'oiseaux dans leurs sombres forêts*.
Ce sera un épisode touchant que cette histoire que je voulais mettre dans un autre poème... Une jeune héroïne suit son amant... il est mort... Elle va sur son tombeau... on l'entraine... dans les délires de la fièvre... Enfin un jour elle éloigne tous ses gardiens... et mourante, languissante, elle marche vers ce tombeau... Avant d'y arriver... elle tombe... On l'entend, on y court... on veut la reporter chez elle... Elle s'attache aux branches d'un arbre en criant... On consent à la porter sur le tombeau... on obtient qu'elle mange... on lui donne du lait... Elle allait porter la coupe à sa bouche... elle s'arrête... réfléchit... des larmes coulent de ses yeux... elle incline la coupe sur le tombeau, verse la moitié du lait en disant : « Tiens, mange aussi, toi... » elle avale le reste... elle meurt sur le tombeau.
Il pourra être intéressant de représenter cette jeune Américaine qui fut amoureuse de Cortès, se plaisant à caresser le cheval du héros, à lui peigner la crinière, à lui présenter de la nourriture, et ne voulant pas le laisser soigner par...