‹ Œuvres poétiques; précédées d'une étude sur André Chénier (volume 2)Chapitre 57 sur 173 · OBSERVATIONS GÉNÉR.\LES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS GÉNÉR.\LES

Il faut mettre ceci dans la bouche du poète (qui n'est pas moi).

Le poète divin, tout esprit, tout pensée,

Ne seat point dans un corps son âme embarrassée;

[i va percer le ciel aux murailles d'azur;

De la terre, des mers, le labyrinthe obscur.

Ses vers ont revêtu, prompts et légers protées.

Les formes tour à tour à ses yeux présentées.

Les torrents, dans ses vers, du droit sommet des monts

Tonnent précipités en des gouffres profonds.

Là, des Qancs sulfureux d'une ardente moaiagne,

Ses vers cherchent les cieux et brûlent les campagnes;

Et là, dans la mêlée aux reflux meurtriers.

Leur clameur sanguinaire échauffe les guerriers.

Puis, d'une aile glacée assemblant les nuages

Ils volent, troublent l'onde et soufflent les naufrages,

Et répètent au loin et les longs sifflements.

Et la tempête sombre aux noirs mugissements,

Si le feu des éclairs et les cris du tonnerre.

Puis, d'un œil doux et pur souriant à la terre,

Ils la couvrent de fleurs ; ils rassérènen 1^ l'air.

i. Voyez ci-devant le Théâtre, n» 1.

2. Cette expressioa est belle et pittoresque; j'ignore pourquoi elle

Le calme suit leurs pas et s'étend sur la mer.

La tempête en feu, ardente... cette côte infâme de naufrages.

Tous les vents à la fois assemblant les orages Sur sa faible nacelle ameutent les naufrages.

Magellan, fils du Tage, et Dracke et Bougainville

Et l'Anglais dont Neptune aux plus lointains climats

Reconnaissait la voile et respectait les pas.

Le Cancer sous les feux de son brûlant tropique

L'attire entre l'Asie et la vaste Amérique,

En des ports où jadis il entra le premier.

Là l'insulaire ardent, jadis hospitalier.

L'environne : il périt. Sa grande âme indignée.

Sur les flots, son domaine, à jamais promenée,

D'ouragans ténébreux bat le sinistre bord

Où son nom, ses vertus, n'ont point fléchi la mort*.

J'accuserai les vents et cette mer jalouse

Qui retient, qui peut-être a ravi La Pérouse.

11 partit. L'amitié, les sciences, l'amour

Et la gloire française imploraient son retour.

Six ans sont écoulés sans que la renommée

est abandonnée. Sa nouveauté pourrait déplaire dans une petite pièce de cent vers: mais je pense qu'on peut la jeter avec succès dans un poème de douze mille vers. (IVote de l'auteur).

1. Ces onze premiers vers ont été publiés dans l'édition des Poésies donnée par M- Becq de Fouquières en 1862. Les vingt-sii vers gui- Tants avaient paru dans l'édition de 1819.

De son trépas au moins soit encore informée <. Malheureux! un rocher inconnu, sous les eaux A-t-il, brisant les flancs de tes hardis vaisseaux, Dispersé ta dépouille au sein du gouffre immense? Ou, le nombre et la fraude opprimant ta vaillance, Nu, captif, désarmé, du sauvage inhumain As-tu vu s'apprêter l'exécrable festin?

Ou plutôt dans une île, assis sur le rivage, Attends-tu ton ami voguant de plage en plage; Ton ami qui partout, jusqu'aux bornes des mers Où d'éternelles nuits et d'éternels hivers Font plier notre globe entre deux monts de glace, Aux flots de l'océan court demander ta trace? Malheureux ! tes amis, souvent dans leurs banquets, Disent en soupirant : a Reviendra-t-il jamais? » Ta femme à son espoir, à ses vœux enchaînée. Doutant de son veuvage ou de son hyménée. N'entend, ne voit que toi dans ses chastes douleurs, Se reproche un sourire, et tout entière aux pleurs. Cherche en son lit désert, peuplé de ton image. Un pénible sommeil que trouble ton naufrage.

Dans un ouvrage de si longue haleine, on peut hasarder beaucoup de hardiesses nouvelles. Il faut essaj-er d'employer le mot hiver dans le sens de tempête, — comme chez les anciens Hyems, Xstt/wv : de cette manière par exemple :

Quand les vents et la grêle et l'orageux hiver Soudain couvrent le ciel et soulèvent la mer.

1. On eut des nouvelles de La Peyrouse en 1788. Ce morceau serait donc de la fin de 1793 ou du con)mi?ncement de 1794.

Il ne peut qu'Une fasse telle ou telle chose... tourm'.-e antique de notre langue et qu'il faut employer.

Il faut employer le mot exorable.

Rendu plus exorable.

Que la richesse des Etats est l'agriculture. Appliquer à cela la fable d'Erysichton et répéter ce que j'aurai dit in y ■ wTT ov . 1 .

Il faut décrire cette imagination ardente et primitive d'un peuple sauvage. Qu'est-ce qui les épouvante le plus? ce sont nos canons...

Ils pourront, dans leurs assemblées, dire, en parlant d« la religion qu'on leur prêche :

Le Dieu des Castillans aux cent bouches d'airain, et les Castillans eux-mêmes :

Ces enfants du tonnerre.

Les assauts enflammés tonnant sur les murailles ou sur les remparts.

Peindre quelque part d'une manière intéressante un pèlerinage... des bois... des eaux...

Comme Homère fait la généalogie du sceptre (Iliad., liv. I), il faut que quelque belle Espagnole ait donné à son amant un bijou... une croix... un tel de ses ancêtres l'apporta de Jérusalem, etc.. (plusieurs détails de ce genre.)

« Et entre les mains des dames ne se voyait que morions et armets, auxquels elles attachaient des pennaches de diverses couleurs, sayes et cottes d'armes qu'elles enrichissaient d'ouvrages. » Plut. Phîlop.'^.

Il faut peindre ce tableau-là et ne pas oublier quelqu'un de ces accidents intéressants, comme une belle armure brodée par quelque belle et bientôt enlevée à celui qui la porte et devenue la proie d'un ennemi.

1. C'est-a-dire en parlant Je l'agriculture, yî'jj—ovt'a. (Vuy. devant page 85.)

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