‹ Œuvres poétiques; précédées d'une étude sur André Chénier (volume 2)Chapitre 74 sur 173 · CHANT TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHANT TROISIÈME

C'est l'amour qui, trompant la somhre vigilance, Sait donner devant elle une voix au silence.

Une jeune heauté par lui senl airermie, Quand la troupe aux cent yeux est enfin endormie. De son lit qui pleurait l'absent trop attendu Fuit, se glisse, et d'un pied muet et suspendu, Au jeune impatient va, d'aise palpitante, Ouvrir enfin la porte amie et confidente; Et sa main, devant elle, interroge sans bruit Et sa route peureuse et les murs et la nuit 2.

Il apprend aux soupirs à s'exhaler à peine;

Il Instruit, près des murs qui pourraient vous ouïr,

Vos baisers à se taire et ne vous point trahir.

1. M. G. de Chénier a placé ces derniers vers parmi les fragments d'élégie. Nous croyons, comme M. Becq de Fouquières, qu'ils étaient plutôt destinés à terminer un deuxième cliant de VArt d'aimer. Il en faudrait conclure qu'à un certain moment André Chénier songea à faire quatre cliants de VAit d'aimer.

i. ïibuUe, II, 1, 77.

L'obstacle encourage l'amour.

J'épargne le chevreuil que nul bois, nul détour Ne dérobe à mes traits dans la vaste campagne: Je veux le suivre au haut de la sombre montagne. Et, trempé de sueurs, afTronler en courant La ronce hérissée et l'orageux torrent.

Retenez, il est temps, le songe qui s'enfuit. Belle et rapide fleur, doux enfant de la nuit; Le jour vient, il t'appelle, empresse-toi d'éclore : Ah ! tu ne verras point une seconde aurore.

Les mains de Calliope et celles de l'amour.

La couronne de fleurs qui vivent plus d'un jour

De tes traits languissants observe la pâleur. Si telle est des amants l'amoureuse couleur. Procris, pâle et mourante, aux abois suit Céphale. Vois, pour Endymion, Phœbé mourante et pâle; Vois d'Alphée éploré pâlir le front vermeil, Et la pâle Clytie amante du soleil.

Quand l'ardente saison lait aimer les ruisseaux,

A l'heure où, vers le soir, cherchant le Irais des eaux,

La belle nonchalante à l'ombre se promène;

Que sa bouche entr'ouverte et que sa pure haleine, '

Et son sein plus ému de tendresse et de vœux,

Appellent le baiser et respirent ses feux ;

Que l'amant peut venir, et qu'il n'a plus à craindre

La raison qui mollit et commence à le plaindre;

Que sur tout son visage, ardente et jeune fleur.

Se répand un sourire insensible et rêveur;

Que son cou faible et lent ne soutient plus sa tête;

Que ses yeux, dans sa course incertaine et muette.

Sous leur longue paupière à peine ouverte au jour

Languissent mollement et sont noyés d'amour '.

Sur l'oreiller d'amour tous deux.

Mais surtout sans les yeux quels plaisirs sont parfaits? Laissez, pi'ès d'une couche ainsi voluptueuse, Veiller, discret témoin, la cire lumineuse, Elle a tout vu la nuit, elle a tout épié; Dès que le jour paraît, elle a tout oublié-.

A la fin du morceau de Prêtée:

Et tu verras ainsi contre tes fers agiles. Se briser ses efforts et ses ruses fragiles.

i. Ce morceau a paru dans l'édition de 1833. 2. M. G. de Chénier a placé ces cinq vers a la fin de l'éU-gie sur la Lampe. Voy. t. I, p. 24t>.

Au troisième chant, histoire des grossières amours des premiers âges; le luxe et l'art s'iiitroduisant peu à peu dans la manière d'aimer... Athènes, Corinthe, Rome... Phryné.

D'u» style grossier l'obscène nudité.

Il faut bien obser\'er que ce qui est généralement uq défaut dans les femmes, est souvent une grâce et une gentillesse dans une seule. Particulièrement de bien manger à table.

Les beaux garçons sont souvent si bêtes.

Un homme doit se conformer au goût des femmes. Il doit quelquefois coudre, broder, faire de la tapisserie; mais il ne faut pas qu'il s'y montre trop adroit; au contraire, il vaut mieux qu'il affecte de s'y prendre mal. Hercule auprès d'Omphale. Sa maladresse qui amusait cette dame ••

Le mot d'un peintre : Ne pouvant la faire belle, tu l'as faite riche.

Ce n'est pas que je veuille condamner les femmes à ne songer qu'aux affaires du ménage. J'aime fort qu'ime belle main, habile à manier la plume et l'aiguille, cultive à la fois Vune et l'autre Minerve.

1. Lucien, Dialogue des dieux, dialogue entre Jupiter, Esculape et Hercule.

Un vers en comparaison Xeruis alienis mobile lignum^.

Aux signes de l'aimant slatue obéissante, S'euflaïuiue au seul aspect d'un feu contagieux. Ainsi, quand au hasard un doigt harmonieux Agite et fait parler une corde sonore.

Une autre corde au loin qu'on négligeait encore D'elle-même résonne, éveillée à ce bruit, Et s'unit à sa sœur, et l'ccoule cl la suit.

Aux bords où l'on voit naître et l'Euphrate et le jour, l'ius d'obstacle et de crainte environne l'amour. Aussi

. . Sans se pouvoir parler même des jeux,

On se parle, on se voit. Leur cœur ingénieux

Donne à tout une voix entendue et muette.

Tout de leurs doux pensers est le doux interprèle.

Désirs, crainte, serments, caresse, injure, pleurs,

Leurs dons savent tout dire : ils s'écrivent des fleurs»

Par la tulipe ardente une flamme est jurée;

L'amaranthe immortelle atteste sa durée.

L'œillet gronde une belle. Un lis vient l'apaiser.

L'iris est un soupir ; la rose est un baiser.

C'est ainsi chaque jour qu'une sultane heureuse

Lit en bouquet la lettre odorante, amoureuse.

Elle pare son sein de soupirs et de vœux;

Et des billets d'amour embaument ses cheveux.

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