‹ Œuvres poétiques; précédées d'une étude sur André Chénier (volume 2)Chapitre 78 sur 173 · Horace, satire m du premier livre, v · texte numérisé non relu

Horace, satire m du premier livre, v

Les persécuter, c'est les rendre intéressants même à ceux qui les méprisent.

Que le glaive des lois frappe le malfaiteur,

C'est à nous de punir le prophète menteur;

Voulant nous abuser, c'est nous seuls qu'il outrage.

Aralje vagabond, s'il ose, à chaque page,

Enfler de contes vains ses orgueilleux récits.

Kl frapper sur l'épaule à des rois ses amis;

S'il étale partout, dans sa plate éloquence.

Des temps, des lieux, des mœurs une absurde ignorance.

Aussitôt contre lui l'équitable raison

S'arme du ridicule et non de la prison.

Mais si l'on vient avec scandale

L'immoler aux abois d'une plume vénale.

Si l'on veut le perdi'e sans un crime prouvé

Et presque sur sa tète attirer le supplice, Les gens de bien alors sauront avec justice. Et séparant en lui sa vie et son malheur, Riie de ses travers, mais plaindre sa douleur.

Oh! combien ces charlatans, seuls, à souper avec leurs confidents, doivent rire en se rappelant...

Un jeune homme ayant retenu quelque phrase de Voltaire se moque de tous ces rêves sacrés qu'enfanta le Jourdain... puis il vous dit tranquillement ceci et cela... il croit tout cela moins ridicule que l'eau changée en vin... Une jolie femme... écoutant des expressions de métaphysique vous prouve... elle voit des esprits... elle vous en fera voir... soit, j'y consens pour moi. Tout ce qu'elle voudra me montrer, je le verrai avec plaisir. Quelque prestige que nous...

Un jeune homme orgueilleux, et docte réputé,

Tout plein de quelque auteur au hasard feuilleté,

Étonne un cercle entier de sa haute sagesse ;

11 se joue avec grâce aux dépens de la messe ;

Il plaisante le pape et siffle avec dédain

Tous ces livres sacrés qu'enfanta le Jourdain.

Et puis d'un ton d'apùtre, empesé, fanatique.

Il prêche les vertus du baquet magnétique.

Et ces doigts qui de loin savent bien vous toucher.

Et font signe à la mort de n'oser approcher.

Un tel conte à ses yeux est moins plat, moins indigne

Que ce vin frauduleux, étranger à la vigne,

Par qui sont de Cana les festins égayés,

Ou ces diables pourceaux dans le fleuve novés.

C'est que son jugement n'est rien que sa mémoire ;

S'il croit même le vrai, c'est qu'il est né pour croire.

Ce n'est point que le vrai saisisse sou esprit.

Mais que Bayle ou Voltaire ou Jean-Jacques l'a dit.

lit le pauvre hébété

N'est incrédule enfin que par crédulité.

Oui, partout invoquant le sceptre ou la tiare, Partout de l'ignorance appui lâche et barbare. Partout, d'un fer obscur armant ses viles mains. Partout, au nom des dieux écrasant les humains, La stupidité règne, insolente, impunie.

Tourmente les talents, opprime le génie.

Punit la vérité du courageux affront

Qui, sous le diadème, a fait rougir son front.

LES CVCLOPES LITTÉRAIRES*

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