A la suite de ce morceau le poêle a écrit celte n >lo
Los derniers vers sont d'AdJis;on dans un poème sur les poètes anglais (G. de Chénier.)
la raison à nos yeux
Montrant la vérité, mais comme dans un songe, Nous réveille asservis sous les noeuds du mensonge. Qu'elle nous laisse au moins, sans fiel et sans aigreur, Nous chatouiller en paix d'une flatteuse erreur, Puisqu'eu nous prescrivant ce que nous devons faire, Elle ne donne point, impuissante et sévère, La force d'obéir à ses {)énibles lois.
La folie a du bon. Dans Atliène, autrefois. Certain fou, chaque jour, descendail au Tirée; Nul vaisseau, dans le port, ne faisait son entrée. Qu'il ne s'en crût le maître; et, rendant grâce auxcieux, Il allait, il courait. «. Ah! c'est loi? Par les Dieux, Je n'espérais plus voir ta poupe couronnée. Quoi! les blés eu Egypte ont manqué cette année? Vins de Crète? fort bien. C'est de l'argent comptant. Bon ! mes draps de Milet sont beaux. J'en suis content. Oh! si l'on me reprend sur ces mers de Sicile!... Çà, je ne garde plus ce pilote inhabile. y> Ses amis, effrayés d'un mal aussi nouveau, Épuisent Anticyre à purger son cerveau.
Plein enfin d'ellébo:e, et redevenu sage, 11 pleure : « 0 mes amis! vantez bien votre ouvrage, Dil-il, vous me tuez. Votre art empoisonneur Guérissant ma folie, a détruit mon bonheur. »
Est-ce la main d'Achille ou celle de Tliersite Qui, du sage Centaure exerçant les leçons, D'Orphée aux Grecs oisifs fait entendre les sous?
Phœbus près d'Alexandre a respiré la guerre; César peut négliger le sceptre de la terre, Au trône des talents sans crime il sera roi. Aux Gaulois belliqueux les muses font la loi. Par l'espoir de leurs chants Athène est transportée. Sparte suit aux combats la lyre de Tyrtée. Eschyle, dans le sein de son docte repos, Entend frémir Bellone et le cri des héros,
Il part; et quand Neptune a chassé
Ces flols de bataillons que vomissait l'Euphrate.
Toujours de gloire avide et d'honneur amoureux. Il vole, il offre aux Grecs, que rassemblent leurs jeux. Sa jeune Melpomène éclatante de charmes. Elle pleure; on admire, et la Grèce est ea larmes; Et sur ce front blanchi sous les casques guerriers, De la docte victoire attache les lauriers. Les tyrans sont vainqueurs; leur audace hautaine Va, sous des jougs de fer, accabler Mitylène : Que fais-tu, fier Alcée? Elle attend ton secours. Il a vu sa détresse; il quitte ses amours. Ses muses et ses bois et ses fraîches naïades; Son bras secoue au loin le thyrse des Ménades; Le bouclier, l'épée, et la lance et le dard, Éclatent dans ses mains et servent d'étendard. Déjà tout est vaincu; déjà la tyrannie Sous un glaive pieux meurt honteuse et punie. Tout trempé de sueurs et tout poudreux encor, Couvert de son armure, il prend sa lyre d'or : Il dit ces fiers Titans, leurs fureurs orgueilleuses. Leurs meurtres, le carnage et les morts glorieuses;
Aux citoyens tombés les justes cieux ouverts,
Et l'ardent Phlégéton dévorant les pervers ;
Et l'avenir fameux promis à la vaillance.
On se presse, on accourt. Tout Lesbos, en silence.
Admire son génie égal à sa vertu,
Et l'écoute chanter comme il a combattu.
Un jeune poète soi-disant.
D'abord d'un pied timide il tente le chemin.
Un petit cercle ami déjà lui tend la main.
Il badine, et l'on rit; il disserte, il censure;
Son nom sous un quatrain brille dans le Mercure;
Dès lors il est poète, et comme tel cité.
Et bientôt, comme tel, en tous lieux présenté.
Il se vante, on le berne; il se plaît à son rôle;
Il se dit un grand homme, on en croit sa parole ;
On protège sa pièce, on y bâille, on y dort;
On court à sa rencontre au moment qu'il en sort;
On l'embrasse. A souper retenu dès la veille,
Ses couplets impromptus au dessert fout merveille.
Tous, même avant qu'il parle, admirent chaque mot;
Et tous, en l'admirant, savent qu'il n'est qu'un sot.
D'un épais Turcaret la vanité stupide
Au Phœbus affamé vend un appui sordide,
Digne et sot protecteur d'un plus sot protégé.
De là, plus d'un faquin en Mécène érigé.
Et tant de vil rimeurs, tant de fades grimaces;
Tant d'ineptes écrits, lettres, vers ou préfaces,
Dégoûta,nt par leur style et par leurs lâchetés,
Jusques aux plats Midas qui les ont aclietés. Ah! ce manège obscur aux palmes poétiques Ne guida point les pas de nos maîtres antiques.
Dans les bras d'Apollon leur naissance accueillie Avait été trempée aux eaux de Castalie.
Les abeilles d'Altique, épiant leur sommeil, Avaient, en flots de miel sur leur bouche docile. Fait couler une voix et suave et facile.
Et d'un vol généreux se fiaient à leurs ailes.
Us ne furent point vus, clients ambitieux. Assiéger dès l'aurore un seuil impérieux, Et des tristes fadeurs d'un hommage servile Fatiguer les dédains d'un satrape imbécile. Ils n'allèrent jamais chez un riche hébété Avilir des talents l'auguste dignité.
Rendre une humble visite à sa table opulente, Flatter de ses Lais la bêtise insolente. Caresser ses discours d'un œil approbateur, Et vendre à ses bons mots un sourire menteur. Même à la cour des rois, peu soucieux du tronc. Le vieillard de Téos de roses se couronne; Toujours amant, toujours des grâces entouré. Et de vin, et de joie, et d'amour enivré, Porte après le banquet, voluptueux Socrale,
Un front riant et libre aux jeux de Polycrate.
A Rome, il est trop vrai, de sul)liines talents
Au second des Césars prodiguèrent l'encens;
Mais Auguste à leurs yeux fit oublier Octave.
Tous furent ses amis, nul ne fut son esclave.
Horace près de lui d'un emploi fructueux
Sut refuser la pompe et le joug fastueux ;
Virgile sans regret, loin des palais du Tibre,
Se choisit, près de Naple, une retraite libre.
Beaux lieux! que de ses feux encor dissimulés
Le Vésuve en fureur n'avait point désolés!
Mais attachés aux grands par un lien crédule.
Combien tous deux, pourtant, sont loin de monTibulIe !
Il ignore les cours; l'amour et l'amitié
De son cœur, de ses vers, occupent la moitié.
Messala, Némésis et Néère, et Délie,
Sont les rois, sont les dieux qui gouvernent sa vie.
Riche, il jouit sans faste, et non pour éblouir;
De la pauvreté même il sait encor jouir.
Sans regretter cet or, ni ces vastes richesses,
Ni de ces longs arpents les fécondes largesses,
Auprès de son foyer la molle oisiveté
Endort dans les plaisirs sa douce pauvreté.
Vrai sage, non, jamais tu n'as pu te résoudre
D'aller au Capitole et d'adorer la foudre.
Les césars, ni les dieux n'ont de foudre pour toi.
Sur un lit amoureux, doux témoin de ta foi.
Tu te ris de l'orage et des vents en furie,
Et presses sur ton sein le sein de ton amie.
Seule, de ta carrière elle embellit le cours;
Son souvenir, loia d'elle, a soutenu les jours; Elle-même fila de sa main fortunée Cette trame si belle et sitôt terminée; Elle sut, quand la mort te fra[)pait de ses traits, Sous d'amoureuses fleurs déguiser tes cyprès; Ses baisers suspendaient ton âme cliancelante. Et tu tenais sa main de fa main défaillante. Hélas! qu'ainsi ne puis-je obtenir du destin A cette douce vie une si douce fin !
Toi, que le Pinde admire, et que Sulmo < vit naître,
Des leçons de Paphos et l'exemple et le maître.
Quand aux glaces du Pont il éteint ton flambeau,
Oses-tu sur l'autel élever ton bourreau?
Tes muses à genoux vont t'avouer coupable;
Elles vont, caressant sa main inexorable,
Trahir ton innocence, et ta gloire, et l'honneur.
Ces Scythesqui t'aimaient, quiplaignaientton malheur,
A recevoir son joug c'est toi qui les prépares.
Ta lyre apprend les sons de leurs lyres barbares;
Et, d'un vers étranger au Parnasse romain.
Consacre ta bassesse aux rives de l'Euxin!
Vois Gallus, de la cour comme toi la victime,
Préférer à l'opprobre une mort magnanime.
Vois Catulle, de fiel abreuvant ses pinceaux,
Défier de César la haine et les faisceaux.
Plus qu'eux tous outragé, ton courroux dissimule.
Tu peux contre un tyran armer le ridicule;
Ou du fier Arcbiloque exhaler les fureurs,
l. Sulraone, patrie d'Ovide.
Et teindre de son sang tes ïambes vengeurs ; Non, sans pouvoir l'atteindre, il te glace de crainte. Tu le hais; et ta haine est bornée à la plainte. Tu pleures, sans savoir, trop digne de ton sort, Souffrir, ou te venger, ou te donner la mort!... Oui, te venger. Je sais que nul ne peut, sans crime, Braver les justes lois d'un pouvoir légitime; Non; mais il ne faut pas qu'un injuste oppresseur. Qu'éleva sous le dais le meurtre et la noirceur, Puisse à son gré lancer ou l'exil ou les chaînes; Du nom sacré des mœurs autoriser ses haines; Flétrir la probité, les grâces, les talents; D'un faible infortuné proscrire les vieux ans; Savourer ses douleurs, ses craintes, son silence, Et se rire à loisir de sa lâche innocence. Qui que tu sois, mortel pour l'Olympe formé, El d'un rayon plus pur en naissant animé. Souviens-toi qu'un cœur libre est l'ami de la gioire, La tache d'un opprobre obscurcit sa mémoire *. Aux pieds de la fortune et de ses fiers époux Avilir ses exploits, c'est les effacer tous. Respecte la vertu, les lois, le diadème; Mais sache aussi toujours te respecter toi-même. Du vulgaire surtout dédaigne la faveur.
Il traite de folie une mule vigueur.
Hibou nocturne, il fuit l'aigle et son vol céleste; Tant d'éclat l'importune; il envie, il déteste,
1. Eq marge Je ces deux vers, le poite a écrit celui-ci : Les arts indépendants veulent une âme libre.
{G. de Chcnier).
200 POCMES
Et feint de mépriser de sublimes esprits, Dont il voit que lui-môme excite les mépris. Il adore des dieux dont leur fierté se joue; Ils ont fui des écueiis où toujours il échoue; Il hait de son naufrage un grand homme sauvé, Trop au-dessus de lui par la gloire élevé.
oc Pourquoi, disait le chêne, à mon large feuillage Imprimer de ta dent le lent et faible outrage, Insecte ridicule? Eh! dis-moi, songes -tu Que d'un souftle tu meurs, à mes pieds abattu? — Oui, dit en écumant la chenille rampante, Oui; mais à t'insulter ma haine se contente; Ta gloire me déplaît. Ton front impérieux Méprise ma bassesse, et mou œil envieux; Et je voudrais pouvoir, h force de morsures, Venger de ce mépris les sanglantes injures, »
Ce n'est pas que. souvent à l'éloge réduit. Le peuple ne leur porte un hommage séduit.
Le fourbe, l'imposteur, l'ambitieux, l'avare Quelquefois devient juste, et se plaît à vanter Cette même vertu qu'il prit soin d'éviter. Il conte à sa famille, au banquet réunie, Des sages, des héros, et la mort et la vie; Aristide, et son nom, et sa noble candeur; Socrate, et la ciguë, et ie vil délateur. Au nom de ces Romains, fiers de leur indigence. Libres de l'or des rois, riches de tempérance, 11 s'écrie, il se plaint qu'à nos jours ténébreux
N'ont point lui de ces temps les astres généreux.
Cependant il intrigue, et sa main clandestine
Flatte un ami tranquille et creuse sa ruine;
Ou ses hardis vaisseaux, déjà loin de nos ports
Vont de l'Inde à vil prix acheler les trésors;
Ou pour lui l'Amérique, à nos mœurs façonnée.
Ravit les noirs enfants de la triste Guinée;
Ou bien un bruit répand que Séjan, près du roi,
A laissé, par sa mort, un précieux emploi.
Tous briguent cet honneur. Mais de l'art, du génie.
L'or, des amis vendus, un peu de calomnie,
Pourront, du temple obscur d'où partent les succès,
Parmi tout ce concours faciliter l'accès.
Rien ne lui coûtera. Nul soin, nul stratagème.
11 part. En un moment redevenu lui-même,
îl oublie à jamais d'importunes chansons.
Fier même d'insulter ces rustiques leçons.
Abandonnant les sots à leurs vertus stériles,
11 se fait un honneur de ses crimes utiles.
Tel l'arbuste pervers, à sa fange attaché, Croît et glisse en rampant sous la terre caché. Qu'un enfant le délie, et, d'une main habile, Redresse avec effort sa tige difOcile : Tant qu'il est retenu, vaincu par son appui, 11 cède, et vers le ciel s'élève malgré lui. Mais, essayant toujours ses racines esclaves. Pour peu qu'il ait senti reLàcher ses entraves. Il redouble sa lutte, et, prompt à s'échapper, Se rend au vil penchant qui le force à ramper.