‹ Œuvres poétiques; précédées d'une étude sur André Chénier (volume 2)Chapitre 88 sur 173 · II. " r · texte numérisé non relu

II. " r

Le villageois écoule, accepte la partie :

On se lève, et d'aller. Tous deux de compagnie,

Nocturnes voyageurs, dans des sentiers obscurs

Se glissent vers la ville et rampent sous les murs.

La nuit quittait les cieux quand notre couple avide

Arrive en un palais opulent et splendide,

Et voit fumer encor dans des plats de vermeil

Des restes d'un souper le brillant a[)pareil.

L'un s'écrie, et, riant de sa f ayeur naïve.

L'autre sur le duvet fait p'.'oer son convive,

S'empresse de servir, orf* .nner, disposer.

Va, vient, fait les honneurs, le priant d'excuser.

Le campagnard bénit sa nouvelle fortune; Sa vie en ses désens était âpre, importune : La tristesse, l'ennui, le travail et la faim. Ici l'on y peut vivre; et de rire. Et soudain Des valets à grand bruit interrompent la fête. On court, on vole, on fuit; nul coin, nulle retraite. Les dogues réveillés les glacent pai" leurs voix; Toute la maison tremble au bruit de leurs abois. Alors le campagnard, honteux de son délire : a Soyez heureux, dit-il ; adieu, je me retire. Et je vais dans mon trou rejoindre en sûreté Le sommeil, un peu d'orge et la tranquillité. »

VI

Ainsi, lorsque souvent le gouvernail acile De Douvre ou de Tanger fend la route mobile, Au fond du noir vaisseau sur la vague roulant Le passager languit malade et chancelant. Son regard obscurci meurt. Sa tête pesante Tourne comme le vent qui souffle la tourmente, Et son cœur nage et flotte en son sein agité Comme de bonds en bonds le navire emporté. Il croit sentir sous lui fuir la planche légère; Triste et pâle, il se couche, et la nausée amère Soulève sa poitrine, et sa bouche à longs flots Inonde les tapis destinés au repos.

Il verrait sans chagrin la mort et le naufrage : Stupide, il a perdu sa force et son courage. Il ne retrouve plus ses membres engourdis. Il ne peut secourir son ami ni son fils, Ni soutenir son père, et sa main faible et lente Ne peut serrer la main de sa femme expirante.

Fait en partie dans le vaisseau, en allant à Douvres, couché et soutfrant, le 6. Ecrit à Londres, le 10 décembre 1787.

YIV

Sans parents, sans amis et sans concitoyens. Oublié sur la terre et loin de tous les miens.

Édition (833.

Edition 1819.

Par les vagues jeté sur cette île farouche, Le doux nom de la France est souvent sur ma bouclie. Auprès d'un noir foyer, seul, je me plaius du sort. Je compte les moments, je souhaite la mort; Et pas un seul ami dont la voix m'encourage, Q.ii près de moi s'asseye, et, voyant mon visage Se baigner de mes pleurs et tomber sur mo:i sein. Me dise : œ Qu'as-tu donc? » et me presse la main.

VHP

Page 1