‹ Œuvres poétiques; précédées d'une étude sur André ChénierChapitre 118 sur 232 · Apollon chez Aduiéte · texte numérisé non relu

Apollon chez Aduiéte

Mais lui, sans écouter mes rustiques leçons, M'apprenait, h son tour, d'amoureuses chansons : La douceur d'un baiser, et l'empire des belles ; Tout l'Olympe soumis à des beautés mortelles ; Des flammes de Vénus l'iuton même animé, Et le plaisir divin d'aimer et d'être aimé. Que ses chants étaient doux! je m'y laissai surprendre. Mon âme ne pouvait se lasser de l'entendre. Tous mes préceptes vains, bannis de mon esprit, Pour jamais firent place à tout ce qu'il m'apprit. il connaît sa victoire, et sa bouche embaumée Verse un miel amoureux, sur ma bouche pâmée. Il coula dans mon cœur ; et, de cet heureux jour, Et ma bouche et mon cœur n'ont respiré qu'amour

IIP

0 lignes que sa main, que son cœur a tracées ! 0 nom baisé cent fois ! craintes bientôt chassées ! Oui : cqtte longue roule et ces nouveaux séjours. Je craignais... Mais enfin mes lettres, nos amours, Ma mémoire, partout sont tes chères compagnes. Dis vrai ! Suis-je avec toi dans ces riches campagnes Où du Rhône indompté l'Arve trouble et fangeux Vient grossir et souiller le cristal orageux ?

Ta lettre se promet qu'en ces nobles rivages i. Édition 181C. Adressée à M"' de Benneoil.

ifiS ÉLÉGIES

Où Sénart épaissit ses immenses feuillages',

Des vers pleins de ton nom attendent ton retour,

Tout trempés de douceurs, de caresses, d'amour.

Heureux qui, tourmenté de flammes inquiètes,

Peut du Permesse encor visiter les retraites.

Et, loin de sou amante égayant sa langueur,

Calmer par des chansons les troubles de son cceur !

Camille, où tu n'es point, moi je n'ai pas de Muse.

Sans toi, dans ses bosquets Hélicon me refuse ;

Les cordes de la lyre ont oublié mes doigts.

Et les chœurs d'Apollon méconnaissent ma voix.

Ces regards purs et doux, que sur ce coin du monde

Verse d'un ciel ami l'indulgence féconde,

N'éveillent plus mes sens ni mon âme. Ces bords

Ont beau de leur Cybèle étaler les trésors ;

Ces ombrages n'ont plus d'aimables rêveries,

Et l'ennui taciturne habite ces prairies.

Tu fis tous leurs attraits : ils fuyaient avec toi

Sur le rapide char qui t'éloignait de moi.

Errant et fugitif, je demande Camille

A ces antres, souvent notre commun asile;

Ou je vais te cherchant dans ces murs attristés,

Sous tes lambris, jamais par moi seul habités,

Où ta harpe se tait, où la voûte sonore

Fut [)leine de ta voix et la répèle encore ;

Où tous ces souvenirs cruels et précieux

DMiu humide nuage obscurcissent mes yeux.

.Mais pleurer est amer pour une belle absente 2 ;

1. La terre de IJonneuil était située près de la forêt Je Séiiart.

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