Verser des pleurs pour uue belle absente est amer
ÉLÉGIES d69
Il n'est doux de pleurer qu'aux pieds de son amante, Pour la voir s'attendrir, caresser vos douleurs. Et de sa belle niaiu vous essuyer vos pleurs; Vous baiser, vous gronder, jurer qu'elle vous aime, Vous défendre une larme et pleurer elle-même.
Eh bien ! sont-ils bien tous empressés à te voir ?
As-tu sur bien des cœurs promené ton pouvoir ?
Vois-tu tes jours suivis de plaisirs et de gloire,
Et chacun de t is pas compter une victoire ?
Oh ! quel est mon bonheur si, dans un bal bruyant.
Quelque belle tout bas te reproche en riant
D'un silence distrait ton àme enveloppée.
Et que sans doute ailleurs elle est mieux occupée !
Mais, dieux ! puisses-tu voir, sous un ennui rongeur,
De la chère beauté flétrir toute la fleuri
Plutôt que d'être heureuse à grossir tes conquêtes,
D'aller chercher toi-même et désirer des fêtes,
Ou sourire le soir, assise au coin d'un bois.
Aux éloges rusés d'une flatteuse voix.
Comme font trop souvent de jeunes infidèles,
Sans songer que le ciel n'épargne point les belles.
Invisible, inconnu, dieux ! pourquoi n'ai-je pas
Sous un voile étranger accompagné tes pas ?
J'ai pu de ton esclave, ardent, épris de zèle.
Porter, comme le cœur, le vêtement fidèle.
Quoi 1 d'autres loin de moi te prodiguent leurs soins,
Devinent tes pensers, tes ordres, tes besoins !
1. Flétrir pour se flétrir, comme on le voit dans Mallierbe ; Et Tos jeunes beautés flétriront comme l'iierhe.
Et quand d'âpres cailloux la pénible rudesse De tes pieds délicats offense la faiblesse, Mes bras ne sont point là pour presser lentement Ce fardeau cher et doux et fait pour un amant ! Ah ! ce n'est pas aimer que prendre sur soi-même De pouvoir vivre ainsi loin de l'objet qu'on aime. Il fut UQ temps, Camille, où plutôt qu'à me fuir Tout le pouvoir des dieux t'eût contrainte à mourir
Et puis d'un ton charmant ta lettre me demande Ce que je veux de toi, ce que je te commande ! Ce que je veux? dis-tu. Je veux que ton retour Te paraisse bien lent; je veux que nuit et jour Tu m'aimes. (Nuit et jour, hélas ! je me tourmente. Présente au milieu d'eux, sois seule, sois absente ; Dors en pensant à moi ; rève-moi près de toi ; Ne vois que moi sans cesse, et sois toute avec moi.