IV
Ah ! je les reconnais, et mon cœur se réveille.
0 sons ! ô douces voix chères à mon oreille !
0 mes Muses, c'est vous ; vous mon premier amour,
Vous qui m'avez aimé dès que j'ai vu le jour.
Leurs bras, à mon berceau dérobant mon enfance.
Me portaient sous la grotte où Virgile eut naissance,
Où j'entendais le bois murmurer et frémir.
Où leurs yeux dans les fleurs me regardaient dormir.
*. ÈditioQ 1819.
Ingrat ! ô de l'amour trop coupable folie !
Souvent je les outrage et fuis et les oublie ;
Et sitôt que mon cœur est en proie au chagrin,
Je les vois revenir le front doux et serein.
J'étais seul, je mourais. Seul, Lycoris absente
De soupçons inquiets m'agite et me tourmente.
Je vois tous ses appas, et je vois mes dangers ;
Ah ! je la vois livrée à des bras étrangers.
Elles viennent ! leurs voix, leur aspect me rassure :
Leur chant mélodieux assoupit ma blessure ;
Je me fuis, je m'oublie, et mes esprits distraits
Se plaisent à les suivre et retrouvent la paix.
Par vous. Muses, par vous, franchissant les collines.
Soit que j'aime l'aspect des campagnes sabiues.
Soit Catile ou Falerne et leurs riches coteaux.
Ou l'air de Blandusie et l'azur de ses eaux :
Par vous de l'Anio j'admire le rivage.
Par vous de Tivoli le poétique ombrage.
Et de Bacchus assis sous des antres profonds,
La nymphe et le satyre écoutant les chansons.
Par vous la rêverie errante, vagabonde,