‹ Œuvres poétiques; précédées d'une étude sur André ChénierChapitre 133 sur 232 · Édition · texte numérisé non relu

Édition

SoQ œil ne vit jamais de bouche lui sourire;

Jamais, dans les revers qu'il ose déclarer,

De doux regards sur lui s'attendrir et pleurer.

0 de se confier noble et douce habitude !

Non, mon cœur n'est point né pour vivre en solitude :

11 me faut qui m'estime, il me faut des amis

A qui dans mes secrets tout accès soit permis;

Dont les yeux, dont la main dans la mienne pressée

Réponde à mou silence, et sente ma pensée.

Ah ! si pour moi jamais tout cœur était fermé,

Si nul ne songe à moi, si je ne suis aimé...

Vivre importun, proscrit, flatte peu mon envie.

Et quels sont ses plaisirs, que fait-il de la vie.

Le malheureux qui, seul, exclu de tout lieu,

Ne connaît pas un cœur où reposer le sien ;

Une àme où dans ses maux, comme eu un saint asile,

Il puisse fuir la sienne et se rasseoir tranquille ;

Pour qui nul n'a de vœux, qui jamais dans ses pleurs

Ne peut se dire : « Allons, je sais ((ue mes douleurs

Tourmentent mes amis, et quoiqu'on mon absence

Ils accusent mon sort et prennent ma défense ? »

xiin

IMITÉ DE LA XVI« IDYLLE DE lUON

Bel astre de Vénus, de son front délicat Puisque Diane encor voile le doux éclat, .lusques à ce tilleul, au pied de la colline,

t. Édilion 1S19.

Prêle à mes pas secrets la lumière divine. Je ne vais point tenter de nocturnes larcins, Ni tendre aux voyageurs des pièges assassins. J'aime : je vais trouver des ardeurs mutuelles, Une nymphe adorée, et belle entre les belles, Comme parmi les feux que Diane conduit Brillent tes feux si purs, ornement de la nuit.

Page 1