‹ Œuvres poétiques; précédées d'une étude sur André ChénierChapitre 141 sur 232 · Ce titre n'existe pas dans le mannscrit · texte numérisé non relu

Ce titre n'existe pas dans le mannscrit

Aimant déjà la paix d'un studieux asile,

Ne connaissant personne, inconnu, seul, tranquille,

Ma voix humble à l'écart essayait des concerts ;

Ma jeune lyre osait balbutier des vers.

Déjà même Sapho des chants de Mitylène

Avait daigné me suivre aux rives de la Seine.

Déjà dans les hameaux, silencieux, rêveur.

Une source inquiète, un ombrage, une fleur,

Des filets d'Arachné l'ingénieuse trame,

De doux ravissements venaient saisir mon âme.

Des voyageurs lointains auditeur empressé,

Sur nos tableaux savants où le monde est tracé

Je courais avec eux du couchant à l'aurore.

Fertile en songes vains que je chéris encore,

J'allais partout, partout bientôt accoutumé ;

Aimant tous les humains, de tout le monde aimé.

Les pilotes bretons me portaient à Surate,

Les marchands de Damas me guidaient vers l'Euphrale.

Que dis-je? dès ce temps mon coeur, mon jeune cicur

Commençait dans l'amour à sentir un vainqueur;

Il se troublait dès lors au souris d'une belle.

Qu'à sa pente première il est resté fidèle !

C'est là, c'est eu aimant que pour louer ion choix

Les Muses d'elles-môme adouciront ta voix.

Du sein de notre amie, oh! combien notre lyre

Abonde à publier sa beauté, son empire.

Ses grâces, son amour de tant d'amour payé!

Mais quoi! pour être heureux faut-il être envié?

Quand même auprès de toi les yeux de ta maîtresse

N'attireraient jamais les ondes du Permesse,

Qu'importe? Penses-tu qu'il ail perdu ses jours

Celui qui, se livrant à ses chères amours, Recueilli dans sa joie, eut pour toute science De jouir en secret, fut heureux en silence?

Qu'il est doux, au retour de la froide saison.

Jusqu'au printemps nouveau regagnant la maison,

De la voir devant vous accourir au passage,

Ses cheveux en désordre épars sur son visage!

Son oreille de loin a reconnu vos pas;

Elle vole et s'écrie et tombe dans vos bras;

Et sur vous appuyée et respirant à peine,

A son foyer secret loin des yeux vous eiiti-aîne.

Là, mille questions qui vous coupent la voix.

Doux reproches, baisers, se pressent à la fois.

La table entre vous de^ix à la hâte est servie;

L'œil humide de joie, au banquet elle oublie

Et les mets et la table, et se nourrit en paix

Du plaisir de vous voir, de contempler vos traits.

Sa bouche ne dit rien; mais ses yeux, mais son ùme.

Vous parlent, et bientôt des caresses de llarame

Vous mènent à ce lit qui se plaignait de vous.

trest là qu'elle s'informe avec un soin jaloux

Si beaucoup de plaisirs, surtout si quelque belle

Habitait la contrée où vous étiez loin d'elle.

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