‹ Œuvres poétiques; précédées d'une étude sur André ChénierChapitre 143 sur 232 · Édilioa · texte numérisé non relu

Édilioa

Ainsi, dans ses écrits partout se traduisant, Il fixe le passé pour lui toujours présent. Et sait, de se connaître ayant la sage envie, Refeuilleter saus cesse et son âme et sa vie.

Reste, reste avec nous, à père des bons vins! Dieu propice, ô Bacchus ! toi dont les flots divins Versent le doux oubli de ces maux qu'on adore ; Toi, devant qui l'amour s'enfuit et s'évapore, Comme de ce cristal aux mobiles éclairs Tes esprits odorants s'exhalent dans les airs.

Eh bien ! mes pas ont-ils refusé de vous suivre^ Nous venons, disiez-vous, te conseiller de vivre. Au lieu d'aller gémir, mendier des dédains, Suis-nous, si tu le peux. La joie à nos festins T'appelle. Viens, les fleurs ont couronné la table ; Viens, viens y consoler ton âme inconsolable.

Vous voyez, mes amis, si de ce noble soin Mon cœur tranquille et libre avait aucun besoin. Camille dans mon cœur ne trouve plus des armes, Et je l'entends nommer sans trouble, sans alarmes; Ma pensée est loin d'elle, et je n'en parle plus ; Je crois la voir muette et le regard confus,

i. Édition iSiC.

Pleurante. Sa beauté présomptueuse et vainc

Lui disait qu'un captif, une fois dans sa chaîne,

Ne pouvait songer... Mais, que nous font ses ennuis?

Jeune homme, apporte-nous d'autres fleurs etdesfruits.

Qu'est-ce, amis? nos éclats, nos jeux se ralentissent :

Que des verres plus grands dans nos njaias se remplissci;'

Pourquoi vois-je languir ces vins abandonnés,

Sous le liège tenace encore emprisonnés?

Voyons si ce premier, fils de l'Andalousie,

Vaudra ceux dont Madère a formé l'ambroisie,

Ou ceux dont la Garonne enrichit ses coteaux,

Ou la vigne foulée aux pressoirs de Citeaux.

Non, rien n'est plus heureux que le mortel tranquille

Qui, cher à ses amis, à l'amour indocile,

Parmi les entretiens, les jeux et les banquets,

Laisse couler la vie et n'y pense jamais.

Ah ! qu'un front et qu'une âme à la tristesse en proie

Feignent malaisément et le rire et la joie !

.Je ne sais, mais partout je l'entends, je la voi ;

Son fantôme attrayant est partout devant moi ;

Son nom, sa voix absente errent dans mon oreille.

Peut-être aux feux du vin que l'amour se réveille :

Sous les bosquets de (Chypre, à Vénus consacrés,

Bacchus mûrit l'azur de ses pampres dorés.

J'ai peur que, pour tromper ma haine el nja vengeance,

Tous ces dieux malfaisants ne soient d'intelligence.

Du moins il m'en souvient, quand autrefois auprès

De cette ingrate aimée, en nos festins secrets,

Je portais à la hâte à ma bouche ravie

La coupe demi -pleine à ses lèvres saisie,

Ce nectar, de l'amour ministre insidieux,

Bien loid de les éteindre, aiguillonnait mes feux.

51a main courait saisir, de transports chatouillée,

Sa tête noblement folâtre, échevelée.

Elle riait ; et moi, malgré ses bras jaloux,

J'arrivais à sa bouche, à ses baisers si doux :

J'avais soin de reprendre, utile stratagème !

Les fleurs que sur son sein j'avais mises moi-même;

Et sur ce sein, mes doigts égarés, palpitants.

Les cherchaient, les suivaient, et les ôtaient longtemps.

Ah ! je l'aimais alors ! Je l'aimerais encore.

Si de tout conquérir la soif qui la dévore

Eût flatté mon orgueil au lieu de l'outrager.

Si mon amour n'avait qu'un outrage à venger.

Si vingt crimes nouveaux n'avaient trop su l'éteindre.

Si je ne l'abhorrais! Ah ! qu'un coeur est à plaindre

De s'être à son amour longtemps accoutumé.

Quand il faut n'aimer plus ce qu'on a tant aimé !

Pourquoi, grands dieux, pourquoi la fites-vous si belle?

Mais ne me parlez plus, amis, de l'infidèle :

Que m'importe qu'un autre adore ses attraits,

Qu'un autre soit le roi de ses festins secrets;

Que tous deux en riant ils me nomment peut-être ;

De ses cheveux épars qu'un autre soit le maître;

Qu'un autreaitsesbaisers, son cœur; qu'une autre main

Poursuive lentement des bouquets sur son sein?

Un autre ! Ah ! je ne puis en souffrir la pensée !

Riez, amis ; nommez ma fureur insensée.

Vous n'aimez pas, et j'aime, et je brûle, et je pars

Me coucher sur sa porte, implorer ses regards :

Elle entendra mes pleurs, ell > verra mes larmes ;

Et dans ses yeux divins, pleins de grâces, de charmesj Le sourire ou la haine, arbitres de mon sort, Vont ou me pardonner ou prononcer ma mort.

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