‹ Œuvres poétiques; précédées d'une étude sur André ChénierChapitre 157 sur 232 · XXVII · texte numérisé non relu

XXVII

Et c'est Glycère, amis, chez qui la table est prêle ?

Et la belle Amélie est aussi de la fête ?

Et Rose, qui jamais ne lasse les désirs,

Et dont la danse molle aiguillonne aux plaisirs?

Et sa sœur aux accents de la voix la plus rare

Unira, dites-vous, les sons de la guitare ?

Et nous aurons Julie, au rire étincelant,

Au sein plus que l'albâtre et solide et brillant?

Certe, en pareille fête autrefois je l'ai vue.

Ses longs cheveux épars, courante, demi-nue :

En ses bruyantes nuits Cithéron n'a jamais

Vu Ménade plus belle errer dans ses forêts.

J'y consens. Avec vous je suis prêt à m'y rendre.

Allons. Mais si Camille, odieux ! vient à l'apprendre ?

Quel orage suivra ce banquet tant vanté ,

S'il faut qu'à son oreille un mot en soit porté !

Oh ! vous ne savez pas jusqu'où va son empire.

Si j'ai loué des yeux, une bouche, un sourire ;

Ou si, près d'une belle assis en un repas.

Nos lèvres en riant ont murmuré tout bas,

Elle a tout vu. Bientôt cris, reproches, injure :

Un mot, un geste, un rien, tout était un parjure.

a Chacun pour celte belle avait vu mes égards.

Je lui parlais des yeux, je cherchais ses regards. »

Et puis des pleurs! des pleurs... que Memnou sur sa cendre

Page 1