‹ Œuvres poétiques; précédées d'une étude sur André ChénierChapitre 16 sur 232 · XXXIV ANDRÉ CHÉNIER · texte numérisé non relu

XXXIV ANDRÉ CHÉNIER

Chine qui venait de paraître, l'avaient surtout charmé. Dans une ode sur l'amitié fraternelle, il relève les paroles suivantes : a Un frère pleure son frère avec des larmes véritables. Son cadavre fût-il suspendu sur un abîme à la pointe d'un rocher ou enfoncé dans l'eau infecte d'un gouCfre, il lui procurera un tombeau. »

Œ Voici, ajoute-t-il, une chanson écrite sous le règne d'Yao, 2,350 ans avant Jésus-Christ. C'est une de ces petites chansons que les Grecs appelent scholics : Quand le soleil commence sa course, je me mets au travail ; et quand il descend sous l'horizon, je me laisse tomber dans les bras du sommeil. Je bois l'eau de mon puits, je me nourris des fruits de mon champ. Qu'ai-je à gagner ou à perdre à la puissance de l'Empereur ? »

Et il se promet bien de la traduire dans ses Bucoliques. Ainsi tout lui servait à ses fins ingénieuses ; il extrayait de partout la Grèce.

Est-ce un emprunt, est-ce une idée originale que ces lignes riantes que je trouve parmi les autres et sans plus d'indication ? a 0 ver luisant lumineux... petite étoile terrestre... ne te retire pointencore... prêtemoi la clarté de ta lampe pour aller trouver ma mie qui m'attend dans le bois ! »

rindare, cité par Plutarque au Traité de l'Adresse et de l'Instinct des animaux, s'est comi)aré aux dauphins qui sont sensibles à la musique; André voulait encadrer l'image ainsi : œ On peut faire un petit quadro d'un jeune enfant assis sur le bord de la mer, Bous un joli paysage. Il jouera sur deux llûlcs;

PAR SAINTE-BEUVE xxxv

Doux flûtes sur sa bouche, aux autres, aux naïades, Aux faunes, aux sylvains, aux belles oréades, Képètent ses amours , .

Et les dauphins accoureat vei"s lui. » En attendant, il avait traduit, ou plutôt développé, les vers de Pindare :

Comme aux jours de l'été, quand d'un ciel calme et pur

Sur la vague aplanie étincelle l'azur,

Le dauphin sur les flots sort et bondit et nage,

S'empressant d'accourir vers l'aimable rivage

Où, sous des doigts légers, une flûte aux doux sons

Vient égayer les mers de ses vives chansons ;

Ainsi!

André, dans ses notes, emploie, à diverses reprises, cette expression : j'en pourrai faire un quadro ; cela paraît vouloir dire un petit tableau peint; car il était peintre aussi, comme il nous l'a appris dans une

élégie :

Tantôt de mon pinceau les timides essais

Avec d'autres couleurs cherchent d'autres succès.

Et quel plus charmant motif de tableau que cet enfant nu, sous l'ombrage, au bord d'une mer étincelante, et les dauphins arrivant aux sons de sa double flûte divine ! En l'indiquant, j'y vois comme un défi que quelqu'un de nos jeunes peintres relèvera 2.

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