‹ Œuvres poétiques; précédées d'une étude sur André ChénierChapitre 161 sur 232 · XXIX · texte numérisé non relu

XXIX

De Pange, ami chéri, jeune homme heureux et sage,

Parle, de ce matin dis-moi quel est l'ouvrage.

Du vertueux bonheur montres-tu les chemins

A ce frère naissant dont j'ai vu que tes mains

Aiment à cultiver la charmante espérance 2 ?

Ou bien vas-tu cherchant dans l'ombre et le silence,

Seul, quel encens le Gange aux Ilots religieux

Vit les premiers humains brûler aux pieds des dieux ?

Ou comment dans sa route, avec force tracée,

Descartes n'a point su contenir sa pensée?

Consumant ma jeunesse en un loisir plus vain

Seul, animé du feu que nous nommons divin.

Qui pour mçi chaque jour ne luit qu'avec l'aurore,

Je rêve assis au bord de cette onde sonore

Qu'au penchant d'Hélicon, pour arroser ses bois,

Le quadrupède ailé fit jaillir autrefois.

A nos festins d'hier un souvenir fidèle

Reporte mes souhaits, me flatte, me rappelle

Tes pensers, tes discours, et (pielquefois les miens ;

\. Édilionl819.

2. Marie-Jaciluos Thomas, troisième frère Je Pan^iî, mort le 5 octobre 1850

L'amicale douceur de tes chers entretiens, Ton honnête candeur, ta modeste science, De ton cœur presque enfant la mûre expérience. Poursuis : dans ce bel âge où, faibles nourrissons. Nous répétons à peine un maître et ses leçons, Il est beau dans les soins d'un solitaire asile, (Même dans tes amours, doux, aimable, tranquille), De savoir loin des yeux, sans faste, sans fierté, Sage pour soi, content, chercher la vérité. Va, poursuis ta carrière, et sois toujours le même ; Sois heureux, et surtout aime un ami qui t'aime. Ris de son coeur débile aux désirs condamné, De l'étude aux amours sans cesse promené, Qui, toujours approuvant ce dont il fuit l'usage, Aimera la sagesse, et ne sera point sage.

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