‹ Œuvres poétiques; précédées d'une étude sur André ChénierChapitre 175 sur 232 · Vallon (le Suisse traversé par l"A;u · texte numérisé non relu

Vallon (le Suisse traversé par l"A;u

Le soir, lorsque plus loia s'étend l'ombre des monts, Ma conque, rappelant mes troupeaux vagabonds, Leur chanterait cet air si doux à ces campagnes, Cet air que d'Appenzel répètent les montagnes. Si septembre, cédant au long mois qui le suit, Marquait de froids zéphyrs l'approche de la nuit, Dans ses flancs colorés une luisante argile Garderait sous mon toit un feu lent et tranquille, Ou, brûlant sur la cendre à la fuite du jour, Un mélèze odorant attendrait mon retour. Une rustique épouse et soigneuse et zélée. Blanche (car sous l'ombrage au sein de la vallée Les fureurs du soleil n'osent les outrager). M'offrirait le doux miel, les fruits de mon verger, Le lait enfant des sels de ma prairie humide, Tantôt breuvage pur et tantôt mets solide En un globe fondant sous ses mains épaissi, En disque savoureux à la longue durci ; Et cependant sa voix simple et douce et légère Me chanterait les airs que lui chantait sa mère. Hélas ! aux lieux amers où je suis enchaîné * Ce repos à mes jours ne fut point destiné. J'irai : je veux jamais ne revoir ce rivage. Je veux, accompagné de ma muse sauvage, Hevoir le Rhin tomber en des gouffres profonds, Et le Rhône grondant sous d'immenses glaçons. Et d'Arve aux flots impurs la nymphe injurieuse. Je vole, je parcours la cime harmonieuse Où souvent de leurs cieux les anges descendus,

l. Le poète était alors en Angleterre.

En (les nuages d'or mollement suspendus, Emplissent l'air des sons de leur voix éthérée. Olac, fils des torrents! ô Thun, onde sacrée! Salut, monts chevelus, verts et sombres remparts Oui contenez ses flots pressés de toutes parts ! Salut, de la nature admirables caprices, Oii les bois, les cités pendent en précipices! Je veux, je veux courir sur vos sommets touffus ; Je veux, jouet errant de vos sentiers confus. Foulant de vos rochers la mousse insidieuse, Suivre de mes chevreaux la trace hasardeuse ; Et toi, grotte escarpée et voisine des cieux, Qui d'un ami des saints fus l'asile pieux, Voûte obscure oïl s'étend et chemine en silence L'eau qui de roc en roc bientôt fuit et s'élance, Ah ! sous tes murs, sans doute, un cœur trop agité Retrouvera la joie et la tranquillité !

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