‹ Œuvres poétiques; précédées d'une étude sur André ChénierChapitre 178 sur 232 · XLI · texte numérisé non relu

XLI

Quand à la porte ingrate exhalant ses douleurs, Tibulle lui prodigue et l'injure et les pleurs, La grâce, les talents, ni l'amour le plus tendre, D'un douloureux affront ne peuvent le tléfendre. Encore si vos yeux daignaient, pour nous trahir, Chercher dans vos amants celui qu'on peut choisir, Qu'une belle ose aimer sans lionte et sans scrupule, Et qu'on ose soi-même avouer pour émule! Mais, dieux ! combien de ibis notre orgueil ulcéré A rougi du rival qui nous fut préféré ! Oui, Thersite souvent peut faire une inconstante. Souvent l'appât du ci'ime est tout ce qui vous tente, Et nous savons à qui de coupables moitiés Immolèrent Astolfe et Joconde oubliés.

1. Ad imitationem Callimachi quodam modo compo^ilHin, dum in fragnipiitum incido ex elegi.^ venustixnmwn, quoi ext in cotleclinne Dcntleimia 67 (note d'André Cliénier).

Édition 1819, sauf les deux premiers cl les deux derniers vers, (jui ne sont que dans l'édition de G. de Chéiiier.

XLIIP

Tout homme a ses douleurs. Mais aux yeux de ses frères Chacun d'un front serein déguise ses misères. Chacun ne plaint que soi. Chacun dans son ennui Envie un autre humain qui se plaint comme lui. Nul des autres mortels ne mesure les peines, Qu'ils savent tous cacher comme il cache les siennes; Et chacun, l'œil en pleurs, en son cœur douloureux Se dit : œ Excepté moi, tout le monde est heureux. » Ils sont tous malheureux. Leur prière importune Crie et demande au ciel de changer leur fortune. Ils changent ; et bientôt, versant de nouveaux pleurs, Ils trouvent qu'ils n'ont fait que changer de malheurs.

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