LI
Je suis en Italie, en Grèce. 0 terres! mères des arts, favorables aux vertus.. 0 beaux-arts! de ceux qui vous aiment délicieux tourments I Seul au milieu d'un cercle nombreux, tantôt
De vivantes couleurs une toile enflammée
— s'offre tout à coup à mon esprit.
Raphaël, Jules, Gorrége, etc.. qui ont porté au plus haut point de perfection cet art divin, mort depuis tels et
tels, etc.,
Que, de ces grands pinceaux émule inattendu, Le pinceau de David à la France a rendu
... Ma main veut fixer ces rapides tableaux, Et frémit et s'élance et vole à ses pinceaux. Tantôt, m'éblouissant d'une clarté soudaine, La sainte poésie et m'échauffe et m'entraîne. Et ma pensée, ardente à quelque grand dessein, Eu vers tumultueux bouillonne dans mon sein. Ou bien dans mon oreille un fils de Polymnie, A qui Naple enseigna la subliriie harmonie, A laissé pour longtemps un aiguillon vainqueur, Et son chant retentit. . . . dans mon cœur.
i. Jlcvue de l'aris, 1839.
Alors mon visage s'enflamme, et celui qui me voit me dit que ma raison a besoin d'ellébore. Mais des choses bien plus importantes... je parcours le Forum, le sénat; j'y suis entouré d'ombres sublimes. J'entends la voix des Gracchus, etc.. Gincinnatus, Gaton, Brutus... Je vois les palais qu'ont habités Germanicus et sa femme... Thraséas, Soranus, Sénécion, Rustique.
En Grèce, tous les peuples différents, chacun avec son front, son visage, sa physionomie, passent en revue devant mes yeux. Chacun est conduit par ses héros qu'il faut nommer. (Gomme l'énumération d'Homère.) Périssent ceux qui traitent de préjugé l'admiration pour tous ces modèles antiques, et qui ne veulent point savoir que les grandes vertus, constantes et solides, ne sont qu'aux lieux où vit la liberté. Hos utinam inter heroas tellus me prima tulissct! Si j'avais vécu dans ces temps...*
Des belles voluptés la voix eiichauteresse N'aurait point entraîné mon oisive jeunesse. Je n'aurais point en vers de délices trempés, Et de l'art des plaisirs mollement occupés. Plein des douces fureurs d'uu délire profane, Livré nue aux regards ma muse courtisane. J'aurais, jeune Romain, au sénat, aux combats, Usé pour la patrie et ma voix et mon bras ; Et si du grand César l'invincible génie A Pbarsale eût fait vaincre enfin la tyrannie, J'aurais su, finissant comme j'avais vécu, Sur les bords africains, défait et non vaincu,