‹ Œuvres poétiques; précédées d'une étude sur André ChénierChapitre 35 sur 232 · DAPHNIS, NAIS · texte numérisé non relu

DAPHNIS, NAIS

DAPHNIS

Hélène daigna suivre uu berger ravisseur ; Berger comme Paris, j'embrasse mon Hélène.

NAÏS

C'est trop t'enorgueillir d'une faveur si vaine.

DAPHNIS

Ah ! ces baisers si vains ne sont pas sans douceur.

NAIS

Tiens, ma bouche essuyée en a perdu la trace.

1. Le poêle a employé le mot abrégé Boux. (Bou/o^t/.«) Bucoliques, pour désigner les pièces classées sous ce titre. Les précédents éditeurs ont employé tantôt le mot à' Idylles, tantôt celui d'Églogues et Idylles tout à la fois. Il n'est pas certain sans doute qu'André Cliénicr eût employé le mot Bucoliques dans la publication de ses poésies, Mais puisqu'il n'a pas eu l'occasion de manifester sa préférence pour un autre, il est juste de conserver celui dont il a fait spontaiiciucul usage.

2. Edition do i819. Le mot Oaristys (^àv.picrzvt; conversation lamiliùre] est emprunté de Tbéocrile, xxvii° idylle.

DAPHNIS

Eh bien! d'autres baisers en vont prendre la place.

NAÏS

Adresse ailleurs ces vœux dont l'ardeur me poursuit : Va, respecte une vierge,

DAPHNIS

Imprudente bergère, Ta jeunesse te flatte; ah ! n'en sois point si fière : Comme un songe insensible elle s'évanouit,

NAÏS

Chaque âge a ses honneurs, et la saison dernière Aux fleurs de l'oranger fait succéder son fruit.

DAPHNIS

Viens sous ces oliviers; j'ai beaucoup à te dire.

NAÏS

Non ; déjà tes discours ont voulu me tenter.-

DAPHNIS

Suis-moi sous ces ormeaux; viens, de grâce, écouler Les sons harmonieux que ma flûte respire : J'ai fait pour toi des airs, je te les veux chanter ; Déjà tout le vallon aime à les répéter.

NAÏS

Vas, tes airs langoureux ne sauraient me séduire.

DAPHNIS

Eh quoi! seule à Vénus penses-tu résister?

NAIS

Je suis chère à Diane; elle me favorise.

DAPHNIS

Vénus a des liens qu'aucun pouvoir ne brise.

NAÏS

Diane saura bien me les faire éviter.

Berger, reliens ta main... berger, crains ma colère.

DAPHNIS

Quoi! lu veux fuir l'Amour! l'Amour, à qui jamais Le cœur d'une beauté ne pourra se soustraire?

NAÏS

Oui, je veux le braver... Ah!... si je te suis chère... Berger... retiens ta main... laisse mon voile en paix.

DAPHNIS

Toi-même, Iiélas! bientôt livreras ces attraits

A quelque autre berger bien moins digne de plaire.

NAÏS

Beaucoup m'ont demandée, et leurs désirs confus N'obtinrent, avant toi, qu'un refus pour salaire.

DAPHNIS

Et je ne dois comme eux attendre qu'un refus?

NAÏS

Hélas! l'h^'men aussi n'est qu'une loi de peine; Il n'apporte, dit-on, qu'ennuis et que douleurs.

DAPHNIS

On ne te l'a dépeint que de fausses couleurs : Les danses et les jeux, voilà ce qu'il amène.

BUCOLIQUES 2a

NAÏS

Une femme est esclave.

DAPHNIS

Ah ! plutôt elle est reine.

NAÏS

Tremble près d'un époux et n'ose lui parler.

DAPHNIS

Eh! devant qui loa sexe esl-il fait pour trembler?

NAÏS

A des travaux affreux Luciiie nous condamne.

DAPHNIS

Il est bien doux alors d'être chère à Diane.

NAÏS

Quelle beauté survit à ces rudes combats?

DAPHNIS

Une mère y recueille une beauté nouvelle :

Des enfants adorés feront tous tes appas;

Tu brilleras en eux d'une splendeur plus belle.

NAÏS

Mais, tes vœux écoutés, quel en serait le prix?

DAPHNIS

Tout : mes troupeaux, mes bois et ma belle prairie; Un jardin grand et riche, une maison jolie, Un bercail spacieux pour tes chères brebis; I. 2

Enfin, tu me diras ce qui pourra te plaire; Je jure de quitter tout pour te satisfaire : Tout pour toi sera fait aussitôt qu'entrepris.

NAÏS

Mon père...

DAPHNIS

Oh! s'il n'est plus que lui qui te retienne, Il approuvera tout dès qu'il saura mon nom.

NAÏS

Quelquefois il suffit que le nom seul prévienne : Quel est ton nom?

DAPHNIS

Daphnis, mon père est Palémon.

NAÏS

Il est vrai, ta famille est égale à la mienne.

DAPHNIS

Rien n'éloigne donc plus cette douce union.

NAÏS

Montre-les-moi, ces bois qui seront mon partage.

DAPUMS.

Viens ; c'est à ces cyprès de leurs fleurs couronnes.

NAÏS

Restez, chères brebis, reslez sous cet ombrage.

DAPII.MS.

Taureaux, paissez on |iai.\ ; à celle (jui m'engage Je vais montrer les biens qui lui sont destinés.

NAÏS

Satyre, que fais-tu? Quoi! ta main ose encore...

DAPHNIS

Eh! laisse-moi toucher ces fruits délicieux... lit ce jeune duvet...

NAÏS

Berger... au nom des dieux...

Ah!... je tremble...

DAPHNIS

Et pourquoi? que crains-lu? Je t'adore.

Viens.

NAÏS

Non; arrête... Vois, cet humide gazon Va souiller ma tunique, et je serais perdue; Jlon père le verrait.

DAPHNIS

Sur la terre étendue Saura te garantir cette épaisse toison.

NAÏS

Dieux! quel est ton dessein? tu m'ôtes ma ceinture.

DAPHNIS

C'est un don pour Vénus; vois, son astre nous luit.

NAÏS

Attends... si quelqu'un vient. Ah ! dieux ! j'entends du bruit.

DAPHNIS

C'est ce bois qui de joie et s'agite et murmure.

NAIS

Tu déchires mon voile!... Ou me cacher? Hélas! Me voilà nue! où fuir?

DAPHNIS

A ton amant unie, De plus riches habits couvriront tes appas.

NAÏS

Tu promets maintenant, tu préviens mon envie, Bientôt à mes regrets tu m'abandonneras.

DAPIINIS.

Oh ! non ! jamais. Pourquoi, grands dieux ! ne puis-je pas Te donner et mon sang, et mon âme, et ma vie?

NAÏS

Ah!... Daphnis! je me meurs... Apaise Ion courroux, Diane.

DAPHNIS

Que crains-tu? L'Amour sera pour noua.

NAÏS

Ah! méchant, qu'as-tu fait?

DAPHNIS

J'ai signé ma promesse.

NAÏS

J'entrai fille en ce bois et chrre à ma déesse.

DAPHNIS

Tu vas eu sortir feraine et chère à ton époux.

in

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