‹ Œuvres poétiques; précédées d'une étude sur André ChénierChapitre 48 sur 232 · HYLAS · texte numérisé non relu

HYLAS

Le navire éloquent, fils des bois du Pénée, Qui portait à Colchos la Grèce fortunée. Craignant près de l'Euxin les menaces du Nord, S'arrête, et se confie au doux calme d'un port. Aux regards des héros le rivage est tranquille ; Ils descendent. Hylas prend un vase d'argile, Et va, pour leurs banquets sur l'herbe préparés, Chercher une onde pure en ces bords ignorés. Reines, au sein d'un bois, d'une source jjrochaine, Trois naïades l'ont vu s'avancer dans la idainc.

t. Éilition 18i9 Le manuscrit ne porle pas de litre. 11 conimeuce par trois vers que i'autuur avuil en partie effacés.

Elles ont vu ce front de jeunesse éclatant,

Cette bouche, ces yeux. Et leur onde à l'instant

l'Ius limpide, plus belle, un plus léger zéphire.

Un murmure plus doux l'avertit et soupire :

11 accourt. Devant lui l'herbe jette des fleurs ;

Sa main errante suit l'éclat de leurs couleurs ;

Il oublie, à les voir, l'emploi qui la demande.

Et s'égare à cueillir une belle guirlande.

Mais l'onde encor soupire et sait le rappeler.

Sur l'immobile arène il l'admire couler,

Se courbe, et, s'appuyant à la rive penchante,

Dans le cristal sonnant plonge l'urne pesante.

De leurs roseaux touffus les trois nym[)hes soudain

Volent, fendent leurs eaux, l'entraînent par la nuiin

En un lit de joncs frais et de mousses nouvelles.

Sur leur sein, dans leurs bras, assis au milieu d'elles.

Leur bouche, en mots mielleux où l'amour est vante,

Le rassure et le loue et flatte sa beauté.

Leurs mains vont caressant sur sa joue enfantine

Delà jeunesse en fleur la première élamine,

Ou sèchent en riant quelques pleurs gracieux

Dont la frayeur subile avait rempli ses yeux.

a Quand ces trois corps d'albâtre atteignaient le rivage, D'abord j'ai cru, dit-il, que c'était mon image Qui, de cent flots brisés prompte à suivre la loi, Ondoyante, volait et s'élançait vers moi. »

Mais Alcide inquiet, que presse un noir augure, Va, vient, le cherche, crie auprès de l'onde pure : i llylas ! Uylas! » 11 crie et mille et mille fois.

Le jeune enfant de loin croit entendre sa voix, Et du fond des roseaux, pour le tirer de peine. Lui répond une voix non entendue et vaine.

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