‹ Œuvres poétiques; précédées d'une étude sur André ChénierChapitre 71 sur 232 · LES COLOMBES · texte numérisé non relu

LES COLOMBES

Deux belles s'étaient baisées... Le poëte-berger, témoin jaloux de leurs caresses, chante ainsi :

a Que les deux beaux oiseaux, les colombes fidèles,

Se baisent. Pour s'aimer les dieux les firent belles.

Sous leur tête mobile, un cou blanc, délicat,

Se plie, et de la neige effacerait l'éclat.

Leur voix est pure et tendre, et leur âme innocente.

Leurs yeux doux et sereins, leur bouche caressante.

L'une a dit à sa sœur : a Ma sœur,

i . lievuc de Paris, 1830.

2. Le manuscrit indique que ces vers devaient être mis dans la bouche d'un garçon de douze ans.

3. Ver», édition 1833. Prose, notice Sainte-Beuve, 1839. — Le litre les Colombes a été ajouté par le premier éditeur.

Eu un tel heu croissent l'orge et le millet...

L'aulour et l'oiseleur, ennemis de nos jours, De ce réduit, peut-être, ignorent les détours ; Viens...

Je te choisirai moi-même les graines que tu aimes, et mon bec s'entrelacera dans le tien. »

L'autre a dit à sa sœur : « Ma sœur, une fontaine Goule dans ce bosquet.

L'oie ni le canard n'en ont jamais souillé les eaux, ni leurs cris.. Viens, nous y trouverons une boisson pure, et nous y baignerons notre tête et nos ailes, et mon bec ira polir ton plumage. » — Elles vont, elles se promènent en roucoulant au bord de l'eau; elles boivent, se baignent, mangent; puis, sur un rameau, leurs becs s'entrelacent; elles se polissent leur plumage l'une à l'autre.

Le voyageur, passant en ces fraîches campagnes, Dit : a Oh! les beaux oiseaux ! oh ! les belles compagnes ! » Il s'arrêta longtemps à contempler leurs jeux; Puis, reprenant sa route et les suivant des yeux, Dit : a Baisez-vous, baisez-vous, colombes innocentes! Vos cœurs sont doux et purs, et vos voix caressantes; Sous votre aimable lèle, un cou blanc, délicat, Se plie, et de la neige elfacerait l'éclat. »

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