‹ Œuvres poétiques; précédées d'une étude sur André ChénierChapitre 79 sur 232 · Le manuscrit porte cette rariante · texte numérisé non relu

Le manuscrit porte cette rariante

Pour me garder ce lit qai n'est permis qu'à moi.

C'était la première pensée du poète, qui a eosiitte remplacé le mot garder par le molrempUr (G. de Che'nier.)

Agitez son sommeil de lugubres images, Montrez-lui, montrez-lui, sur de lointains rivages, Seul, son nom à la bouche, et pâle et furieux, Ce malheureux qui meurt en attestant les dieux !

Qui crie et son sang bouillonne, etc

Nourrice d'Apollon, etc

Mer vaste

Et tes flots qui brisent les vaisseaux

Sont, auprès de mon cœur, et calmes et tranquilles. Vient ensuite ce morceau : <

Triste vieillard, depuis que pour tes cheveux blancs Il n'est plus de soutien de tes jours chancelants. Que ton flls orphelin n'est plus à son vieux père, Renfermé sous ton toit et fuyant la lumière, Un sombre ennui t'opprime et dévore ton sein. Sur ton siège de hêtre, ouvrage de ma main, Sourd à tes serviteurs, à tes amis eux-mêmes, Le front baissé, l'œil sec, et le visage blême, Tout le jour en silence, à ton foyer assis, Tu restes pour attendre ou la mort ou ton fils. Et toi, toi, que fais-tu, seule et désespérée, De ton faon dans les fers lionne séparée ? J'entends ton abandon lugubre et gémissant, Sous tes mains en fureur ton sein retentissant; Ton deuil pâle, éploré, promené par la ville. Tes cris, les longs sanglots remplissent toute l'ile. Les citoyens de loin reconnaissent tes pleurs. « La voici, disent-ils, la femme de douleurs ! »

l. Ce fragment aTait paru dans l'i-ililion de IS.IS, jusqu'à : Elle a perdxnoH fiU. Il avait clé placé daus les Dernières pocuic».

BUCOLIQUES Hl

L'étranger, te voyant mourante, échevelée, Demande : « Qu'as-tu donc , ô femme désolée ! » Ce qu'elle a ? tous les dieux contre elle sont unis ; La femme désolée, elle a perdu son fils. Son fils esclave meurt loin de sa main chérie. Nourrice d'Apollon

Après son discoiirs il se lève... mais la jeune... qui l'avait suivi, et, cachée, l'avait écouté, avant qu'il eût fini, tout en larmes, courut à son père... 0 mon père, tu m'as promis de m'unir bientôt à... Celui-ci pleure son amante, son amante à qui ses parents ont promis sans doute, dès longtemps, de l'unira lui... ô mon père! mon père!... viens le voir au rivage, il est pâle, la mort est sur tout son visage, il invoque la mort, il pleure. Ah! sans pitié tu ne pourras l'entendre... mon père, rends-lui sa liberté, rends-lui sa vertu; car je le sais de toi, que le poète a dit :

Que le premier instant qui fait un homme esclave, etc.

Une larme vient humecter la paupière du vieillard... Il prend, sans dire un mot, les choses nécessaires pour affranchir im esclave, et il marche avec sa fille...

et Eh bien, dit-il, enfant, puisqu'aiusi tu le veux, Marchons. Ce jeune esclave est donc bien malheureux ? Quel mortel est heureuxîNoussoulTrons tous. Il pleure? J'ai pleuré. Jupiter dans sa haute demeure, Dit encor le poète, a deux grands vases pleins Des destins de la terre et du sort des humains. L'un contient les plaisirs, les succès, l'allégresse; L'autre les durs revers, les larmes, la tristesse. Jupiter, à l'instant que nous venons au jour. Dans ces vases, pour nous, va puisant tour à tour, Et nous mêle une vie, hélas ! souvent amère. Plus d'un mortel n'a part qu'au vase de misère

IMais le dieu ne veut pas que nul mortel jamais S'abreuve sans mélange au vase des bienfaits. Et ceux-là sont heureux et sont dignes d'envie Qui pleurent seulement la moitié de leur vie. »

, Ils trouvent le malheureux qui errait à grands pas, défait, s'arrachant les cheveux, se meurtrissant le visage et remplissant le rivage de ses gémissements. Sois libre, Hermias, lui crie de loin la jeune fille. Oui, dit le père...

Il s'approche, et mettant les deux mains sur sa tête :

Oui, sois libre, Hermias!... Phœbus conservateur,

Jupiter protecteur, sauveur, libérateur,

Et vous, dieux infernaux, et vous, sœurs vengeresses,

Et qui que vous soyez, hommes, dieux et déesses,

Je vous prends à témoin qu'Hermias de Délos

Est libre. — Va, mon fils, et repasse les flots.

Revois de ta Délos la rive fortunée;

Dis à ta belle amante, aux autels d'Hyménée,

Qu'Ariston de Thénos est un vieillard pieux.

Qui porte un cœur humain et respecte les dieux. »

DÉDICACE A MILADY COSWAl '

Un frais zéphyr d'été, promené sur les eaux, Émeut moins doucement l'ombrage et les roseaux ;

1 . André avait connu M"* Coswai et sa famille à Londres, pendant les quatre années ([u'il y passa. 11 y avait recherché avec empressement les personnes dont le goût pour la lilléralure et les arts pouvait avoir (|ui'l(pi(! syni]Killiio avec lui, iilin ilo troniprT rct Piirnii profond cl into- Icrahlo qu'il iprouvait sous le ciel de plomb de l'Auflelcrre.

Sur une mer brillante, un ciel semé d'étoiles

A s'approcher de terre enhardit moins les voiles * ; .

Vers l'ardente Clytie un regard du soleil

La fait moins se pencher sur son disque vermeil,

Que l'éloquent regard d'une belle attentive

N'émeut et n'encourage une muse craintive.

iirillante comme vous, comme vous calme et belle,

Voici la noie qu'écrivait iuod pèro (Louis-Sauveur do Chénier) sur M"'' Coswai en 1819 :

< Milady Coswai était alors une jeune dame anglaise, pleine de grâce et de candeur, qui joignait à la beauté l'amour des beaux-arls cl un talent assez distingue pour la peinture qu'elle pratiquait assidûment. Elle a gravé à l'eau-forle, avec esprit et légèreté, divers sujets de sa composition ou tirés des tableaux de Rapliaél, Rubeni et autres artistes célèbres. Bartolozzi a gravé à la manière du crayon son portrait peint par elle-même. L'cnlhousiasrae des beaux-arts et la beauté du climat déterminèrent celte femme intéressante à se fixer à Rome où l'on croit qu'elle existe encore (1819), et qu'elle continue à cultiver la peinture.»

Les huit vers italiens qui suivent, écrits à la louange de M""= Coswai, sont d'André.

Le petit manuscrit, qui fut plié en quatre, porte pour suscription : M" Coswai, Pall Mail, London; mais cette suscription n'est i>as do la main de l'auteur.

Voici ces Luit vers :

Seona e Tamigi, uaile al Gne sorelle, D'Arno la figlia ammirano, aurea lira Cul diè il Febo toscan ; cui lascio Apelle Vivo pennel per cui la lela spira ; Ghe doice canta, e suUe cliiavicelle La dotta mano, e sulle corde gira.

Tue son le muse, o Coswai in Pindo amata; Tu grata a Senna, a Tamigi tu grata.

(G. de Chénier.)

i . Le manuscrit porte cette variante :

Sait moins à fuir le port encourager les voiles. (Id.)

Les yeux, avec amour, se porteraient sur elle.

Dirait : ce Que cette muse est belle et séduisante ! Que son éclat est doux 1 que sa grâce est décente ! Dans sa simplicité que de charmes secrets ! Qu'une fierté modeste ennoblit tous ses traits ! Qu'on la quitte avec peine ! et que sa voix aimable Vous laisse, au loin, dans l'âme, une trace durable! Tel serait leur langage ; et mes vers répétés Encore après mille ans, seraient lus et vantés.

Au moins daignez soufTrir que cette main suspende A votre belle image une rustique offrande ; Accueillez mon Esclave

Il pleure loin de lui sa famille éploréo. Vos parents loin de vous, vous, leur bien, leur orgueil, Feraient couler vos pleurs et vivraient dans le deuil. 11 aime, et de regrets son âme est consumée. Amour profond, brûlant; comme vous eût aimée Tout mortel dont l'aspect serait doux à vos yeux, Dont vos regrets suivraient l'absence et les adieux, Dont le nom remplirait vos pensers solitaires.

Ah ! si le sort jaloux !...

Mais quels désirs ont droit de monter jusqu'à vous? Toutefois

Et de riiuuible mortel un vœu religieux S'élance impunément jusqu'au trône des dieux.

BUCOLIQUES ii:

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