‹ Œuvres poétiques; précédees d'une notice sur l'auteur et accompagnées de notes par le bibliophile JacobChapitre 17 sur 94 · XVI NOTICE · texte numérisé non relu

XVI NOTICE

Ce fut le cardinal Odet de Chàtillon qui recommanda le poète et ses vers à la duchesse de Berri. Ce noble prélat avait toujours eu pour les savants et les écrivains une bienveillance toute sympathique; il s'était déclaré leur appui et leur Mécène à la cour de France, et il encourageait de préférence ceux qui se montraient portés à embrasser plus ou moins ouvertement la cause de la Réforme. Il avait été le sauveur de Clément Marot et de Rabelais, qui disait, en lui dédiant le troisième livre du Pantagruel: « Je metz la plumeau vent, espérant que, par vostre bénigne faveur, me serez contre les calomniateurs comme un second Hercule Gaulois en sçavoir, prudence et éloquence. » Marc-Claude de Buttet raconte lui-même comment il fut présenté à la sœur du Roi, par le cardinal de Chàtillon :

Quand, devant là sœur du Roi, La divine Ma7-gucrite, Je montrai auprès de toi Quelques traits de son mérite, Et que mon vers se comblait D'une lyrique merveille, Qui de douceur lui embloit L'esprit ravi par l'oreille ;

Le soin qui te tient le plus,

Et la faveur dont tu uses

Aux chers en/ans de Pliœbus

Et aux saints prestres des Muses,

Te Jit d'un si bon aveu

Louer les tons de ma rime

Que ma Princesse m'a eu

Dés ce temps en quelque estime i.

I. Ode au révérendissime cardinal de Chastillon, dans les Œuvres poétiques, fol. 1 1 v».

NOTICE xvn

L'intérêt particulier que le cardinal témoignait à Marc-Claude de Buttet indique assez que ce jeune homme ne s'était pas seulement adonné à la culture des lettres, mais encore qu'il avait promis de se distinguer dans cette philosophie mystique qui fut la seule doctrine des premiers prôneurs de la Réforme en France. Son Anialthée offre, en effet, et nous l'avons déjà remarqué, des traces certaines de ces tendances philosophiques qui passaient alors pour évangéliques. Ainsi le protestant apparaît avec toute sa ferveur dans ce beau sonnet où les novateurs pouvaient voir une profession de foi :

Esprit, debout! Va et plus ne te mouille Aux flots d'erreur ; prens un cuetir non petit, Et, en f armant contre l'ord appétit.

Fais que, captif à toi, il s'agenouille.

Happe, en forçant la prison qui te souille , Le fer tranchant, dont Hercule abbatit L'hydre à cent chefs, hydre qui se sentit A la parfin sa superbe dépouille.

Courage doncq! ta victoire est ja preste: Cours massacrer sa détestable -teste.

Lui faisant voir de qui tu es enfant.

Ainsi au Ciel, après ceste aspre guerre. Dessous tes pieds laissant bien bas la terre. Seras tiré en un char triomphant '.

Marc-Claude de Buttet, honoré de la faveur de Marguerite , et sans doute remplissant une charge de confiance cuprès de cette princesse, se lia davan-

I. U Anialthée, édition de iSyS, p. 169. Voyez aussi, p. 75, deux sonnets qui ont une couleur tout à fait protestante.

XVIIl NOTICE

tage avec les poètes de la Pléiade, surtout avec Ronsard et Dorât, qui furent ses véritables amis. Il leur adressa successivement des vers gonflés d'éloges, et il les fit comparaître l'un après l'autre dans ses poésies, où il les entoure d'une auréole. Il dit à Remy Belleau, en le priant d'intercéder pour lui auprès de sa nymphe farouche :

// n'est rien qui ravi entour de toi ne vienne : Tout te preste l'oreille, et mesme le trouppeau Des neuf Sœurs, descendant de leur double couppeau, Va quittant ses chansons pour écouter la tienne '.

Il dit à Jodelle, en l'invitant à composer un chant funèbre sur la mort de Henri II :

Ne cherche point, sophoclien Jodelle, Un haut sujet chei les antiques Grecs, Pour faire entendre à ton Paris, après Les cris tragics de ta muse immortelle : La France l'hélas! non plus roine si belle), Mort son Henri, outrée de regrets Et par les siens meurtrie tout exprès, Soit ton théâtre en veue universelle ' ?

Ici, c'est Baïf dont il envie la paisible et fortunée existence :

Gentil Baïf d'Apollon honnorc.

De sur le mont de l'onde Pegasine

Vivant heureux, sans qu'un soin te chagrine i.

Là, c'est son ami Guillaume des Autels qu'il entretient de ses chagrins amoureux :

(. L'Amalthée, p. 64.

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