NOTICE XXV
vers de Marc-Claude de Buttet, Savoisîen. Dédié à tres-illustre princesse Marguerite de France, duchesse de Savoie et de Berri. Auquel a esté ajouté le second; ensemble l'Amalthée.
C'est un volume in-octavo, en caractères italiques, comprenant 124 feuillets, dont les quatre derniers ne sont pas chiffrés et se terminent par un extrait sans date du prrvilège accordé au libraire-imprimeur pour six ans. Nous sommes fondé à croire que ce premier volume des œuvres de l'auteur n'eut aucun succès, et passa presque inaperçu au milieu des innombrables publications de poésies qui voyaient le jour à cette époque et qui se réimprimaient sur tous les points de la France, malgré les troubles de la guerre civile et les misères du temps. Non seulement il ne fut pas réimprimé, comme l'étaient alors tant de pitoyables ouvrages, mais encore il ne se vendit pas, et l'on pourrait supposer que l'édition entière resta chez le libraire. Vingt-huit ans plus tard, en effet, le fonds de cette édition ayant été acquis par un autre libraire, elle reparut comme édition nouvelle, avec ce nouveau titre : Les Œuvres poétiques de Marc Claude de Buttet, Savoisien (Paris, chez Hierosme de Marnef et la vefve Guillaume Cavellat, au mont Saint-Hilaire, au Pélican, i588). II est probable que cette édition rajeunie ne trouva pas beaucoup plus d'acheteurs qu'elle n'en avait attiré à la première mise en vente, car les exemplaires datés de i588 sont aussi rares que ceux qui portent la date de i56i '.
I. Le recueil de Marc-Claude de Buttet ne figure pas dans les catalogues les plus riches en poètes du XVIe sitcle ; nous ne l'avons rencontré que dans ceux de La
XXVI NOTICK
Nous attribuons cet échec littéraire à l'absence de Marc-Claude de Buttet, qui, au moment même où le recueil de ses Œuvres poétiques sortait des presses de Michel Fezandat, avait quitté la France et était allé se fixer en Savoie. Il fut bien vite oublié à la cour de François II, et sa réputation de poète, qui n'avait pas encore pénétré dans le public, resta étouffée sous l'indifférence ou la jalousie de ses confrères en Apollon. La Pléiade ne lui accorda pas même les honneurs d'un souvenir et d'un regret. Ainsi fut réalisé le triste pressentiment qu'il exprime dans son Avis au lecteur : « Je ne doute point, dit-il, que, si les gentils esprits qui de ce tens se sont montré au jour eussent rancontré la faveur digne de leurs mérites, que nous n'eussions veu en France des Homeres et Virgiles, et que l'antiquité n'eustplus usurpé tant de gloire sur nous, mesme pour avoir si bien commencé, qu'au genre d'écrire que nos poètes ont touché jusque ici ils ne sont en rien redevables aux anciens Grecs ni Latins. Mais, puisqu'il faut que la vertu, au lieu d'estre reconnue, mandie la faveur de ceux qui la devroient supporter, je me crein fort que ne soyons contreins de dire le dernier adieu aux Muses qui si heureusement étoient venues habiter la France. > Marc-Claude de Buttet espérait un meilleur sort pour la nouvelle poésie qu'il avait essayé de créer, bien différente de l'accoutumée, et il se flattait d'a-
Vallière, de Bignon et de Dufai. C'est sans doute par erreur que, dans ce dernier, l'édition de Michel Fezandat est indiquée avec la date de i56i. Cette même date se trouve cependant aussi dans le catalogue de la Bibliothèque française de l'abbé Goujet, comme dans la Bibliothèque fran'foise de La Croix du Maine.
NOTICE XXVU
Yoir accru par là les richesses de la langue française : < Je te donne pour arrhes, disait-il avec orgueil à son Lecteur, le vers sapph-ique , par autre avant moi non mis en avant, ryraé à la mode accoutumée (chose si difficile que nul ne le sçait qui ne l'a fait), lequel j'ai fet expressément tomber par sons femenins, car autrement ils ne povoient avoir grâce. » Ce fut peut-être ce fâcheux essai de versification gréco-latine qui discrédita les Œuvres poétiques de Marc-Claude de Buttet et qui les fit repousser comme antipathiques au caractère de notre langue , sans qu'on lui tînt compte des véritables beautés de sa poésie. On doit s'étonner que Baïf ait persévéré, après lui, dans le système des vers mesurés, qu'il avait fait vœu de faire réussir : « Toutesfois, dit Estienne Pasquier ', en ce subjet fut si mauvais pa. rain que non seulement il ne fut suivy d'aucun, mais au contraire descouragea un chascun de s'y eraploïer : d'autant que tout ce qu'il en fit estoit tant despourveu de cette nalfveté qui doit accompagner nos œuvres qu'aussitost que cette sienne poésie veit la lumière , elle mourut comme un avorton. »
Marc-Claude de Buttet ne renonça pourtant pas à la poésie, en renonçant aux vers mesurés, qui ne lui avaient pas porté bonheur : il continua d'écrire en verset en prose; il commença, il acheva plusieurs grands ouvrages, mais il n'en publia aucun, quoiqu'il ait survécu environ quarante ans à la publication de son premier recueil. A la fin de ce recueil, il avait promis un troisième livre de ses vers , en di-