‹ Œuvres poétiques; précédees d'une notice sur l'auteur et accompagnées de notes par le bibliophile JacobChapitre 40 sur 94 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

Point, après point, sus une blanche carte Jcttant le sort des Babyloniens, Et renomhrant tous les maux et les biens Que le Ciel veut que son cours te départe.

Sans que jamais de toi mon cœur s^écarle, On m'a îreuvé tant serf des beaux yeux tiens Que je mourrei par eux dans tes liens, Me deut prier la grand' beauté de Sparte.

Si par cet art les Dieux t'ont f et savoir Que tu me dois tout mon vivant avoir Pour ton amant, pour ton servant fuielle ;

Si pour toi seule en ces tens je suis né,

Si d'estre tien le Ciel m'a destiné,

Di-moi pourquoi, pourquoi m'es-tu cruellci'

Soit que d'un vers gaillard jet à la Teïenne Ton pouce donne une ame à ta lyre, Belleau, Ou que ta jolie ronde enfle le challemeau. Faisant en France oiiir la voix Sicilienne,

Il n'est rien qui ravi entour de toi ne vienne : Tout te preste l'oreille, et mcsme le îrouppeaa Des neufSeurs, descendant de leur double couppeau. Va quittant ses chansons pour écouter latienne.

Je te pri donq, Belleau, qu'à ce coup on fléchisse Ma Nymphe, qui me fuit ainsi qu'une génisse Son furieux toreau, foulant les prés herbus.

Tu la pourras mouvoir: la complcinte d'Orphée

Emeut bien les enfers, et ta lyre dorée

Rien ne dit qui m soit bien digne de Phebus.

$8 l'amalthée

D^esprit et corps les autres elle excelle, Comme le jour est plus beau que la nuit: C'est en beauté Vautre aube qui nous luit, Celle du ciel, ce croi-je, n'est point telle.

Amour riant voile entour de la belle.

Toute douceur et beauté la conduit, A chaque pas une Grâce la suit, Et la vertu jamais n'élogne d'elle.

Mais de quel los irei-je dévoilant Ce front divin, cet œil étincellant, Ce corps gentil, ce beau port, cette adresse?

Rien elle n'a qui ne soit excellent.

Rien de mortel, elle ne va parlant.

Et au marcher me semble une Déesse.

Philelphe, sus, que plus Paube on ne dorme! Va les pavots et l'encens apprester :

Ores je veux humblement présenter Un sacrifice et au Songe et au Somme.

Mon Dieu, mon Dieu, et quelle chose énorme Toute la nuit me vient épouvanter!

Quel grand Morphée, âpre à me tormenter, D'avant mes yeux étrange se transforme!

Ores je voi ma Naiade qui pleure.

Or' à ses pieds m'est avis que je meure, Or' je refui, et F dise me suit :

En cent contours vainement je tracasse.

Puis au réveil un tremblement m'englace, Qui tout poureux me rallonge la nuit.

6o L'AMALTHÉE

De tes beaux yeux celle plaisante ardeur, Qui glisse aux miens l'aigre flamme avallée, Eut jusqu'au fond ma poitrine brulléc.

Si n'eut été le gelon de ton cucur.

Et ce ret d'or, prison de ma langueur, Sans fin tiendroiî mon ame encordelce; Mais ta main belle, au secours appelléc, Couppe le noud de sa blonde rigueur.

Par toi mon feu se dégénère en glace ; L'un m'étreint fort, et l'autre me délace ; L'un m'a navré, l'autre vient me guérir;

L'un m'est loial, l'autre est tout plein d'envie.

Ainsi, chassant et ma mort et ma vie.

Tes grands beautés me font vivre et mourir.

Fleuve ro'uil, h qui de ce grand monde A tout jamais tout l'empire est promis, Aiant les dieux et les astres amis, Qui à Venvi se mirent à ton onde.

Quand les beautés d\ine Laure seconde Avant mon tens au tombeau m'auront mis. Des tristes vers qu'après moi tu gémis Quelque soupir ton rivage réponde.

Sois sus les ans le tcmoing de mes maux, Heureuse Seine, et puis que dans tes eaux, Sans i penser, mon cueur beut cette flame,

A ton beau bord, mal caut, en te passant.

Ma liberté, helas! j'allei laissant,

Pour suivre en vain cette trop belle Dame.

62 l'amalthée

Dans la forest d'espérance lointaine.

Souci, douleur, regret et déconfort, Comme âpres chiens aboians pressent fort Un pauvre cerf, hâtant sa course vaine :

Souci le tient, douleur presque l'entreine; Regret pront saute, et le serre, et le mord; Désir haut trompe ; Amour, veneur accort, Mande à son cueur une flèche soudeine.

Que fera-il? Chiens n'ont point de pitié. Puis le chasseur est âpre en mauvaitié. A l'Amalthée il vient donq secours prendre,

Et, en fuiant leur assaut inhumain, Plutôt qu aller à un autre se rendre.

Aime trop mieux de morir par sa main.

Pren, je te prie, Atlantide Mercure, Ta verge d'or, et, te glissant des deux, Endor Argus, qui, tout étoile d'yeux, Va tïùépiant et tous mes pas mesure.

En après fai Çor' que la nue obscure Emble par tout les clairs flambeaux des Dieux) Que j'aille ouvrir mon souci ennuieux A la beauté qui m'a tant été dure.

Je chantera, céleste juvenceau,

Ta pronte gresve^ et ton ailé chappeau,

Et en ton poing la trompe en serpens belle,

Et que premier la lyre allas sonnant, El que tu es du père haut-tonnant Fiis bien aimé et messager fidelle.

Ce port roial, cette divine adresse, Ce large front, ce bel œil ravisseur, Fet que par tout on te pense estre seur (Veu ton savoir) de Pallas la déesse.

Mais ce dur cueur qu'as emprunté, maîtresse, Des fiers rochers, sans pitié ni douceur, Fet que par tout on te pense estre seur ÇVeu ta rigueur) de Mars plein de rudesse.

Nature, aux Dieux s'efforçant d'agréer.

N'osa çà bas déesse te créer,

Et à grand tort te fit femme mortelle.

S'clle n'avoit encor' sous ta beauté Et ton dur cueur fiché la cruauté, Le ciel n'auroit une Venus si belle.

SONTETS 65

Ah ! je pensoi que pour changer de lieu Avec mes pas se tourneroit la chance De ma fortune, à qui dés ma naissance Je n'ai servi que d'èbat et de jeu.

Tousjours pourtant, iousjours ce cruel Dieu Me vient revoir, et met à ma présence Celle beauté, en qui plus fort je pense, Qui sans repos me mine d'un doux feu.

Sans cesse, helas! (bien que suis d'elle absent') Mon cue'.ir la voit, et de plus prés la sent, Car, bon gré moi, bien avant je l'i porte.

Que w.e vaut donq' si tant loin je la fui. Quand la fuiant de plus prés je la sui? 0 Dieu! qu'amour est une chose forte!

dC) l'amalthée

Divins flambeaux, ornement de h nuit, Du. sort divers des vains mortels coulpables, Au moins bien tôt soiés-moi favorables D^une mort brievc, et puis que tout me nuit.

Or que du ciel la palle lune luit Dessus la terre., et qu^en lits agréables Le somme tient les mortels misérables, Amour tout seul par ces bois me conduit.

Mourant d'ennui, je lui tiens meint propos : Et ce pendant que tout est en repos, Sans peur je vague avec les ombres vaines.

Las! et la nuit, qui se tait coiement, A ce grand tout donnant soulagement, Jamais ne met une tresve à mes peines.

Or voi-je bien, F élise trop à creindre, Vieille Heriphile ennemie à pitié, Que ton aiguille en jus d'inimitié A mon désastre a sceu ta cire poindre.

Si n'as-tu peu par tes arts me contreindre, Si n as-tu peu avec ta manvaitié Fausser mon cueur, comme de ma moitié:

Aussi, helas ! son amour éîoiî moindre.

Mais, je te pri, je te pri, rejoin-nous : Je te donrei des vers mignards et doux. Qui te louront, si plus tu n'es cruelle.

Ainsi Hécate à toi veuille venir.

Ainsi Pluton ne te puisse punir, Aux bas enfers, d'une peine éternelle.

68 l'amalthée

Me veux-tu donq effacer de ta grâce ?

Donques veux-tu me donner mal pour bien / Ne sçai-îa pas, helas ! que je suis tien ? Et que veux-tu, que veux-tu que je face? ^

0 cruauté sous angelique face !

0 rude cueur d'un tigre Hircanien !

0 grand beauté trop dure au malheur mien !

0 foi légère ! o faveur qui tôt passe !

Serrés, veillés, marchés, pauvres amans, En mille ennuis et en mille tormens, Vives de dueil, paissés-vous d'espérance,

Soies constans, forcés voire povoir, Essaies tout : pour toute recompense La mort aurés, trahis de votre espoir.

Un saint Démon qui pas à pas me suit, Qjumdje suis seul, beau d'une grand' nienei lie, Tôt ni'aparoit, me parle et me conseille, [Cas merveilleux !) puis, se perdant, s'cnjuit.

Soit que je dorme au plus coi de lu nuit, Ou soit que l'aube au point du jour m'éveille, Tousjoursmepresche, et tousjour s plus m' instruit .

Qui que tu sois du nombre des célestes, Qui as pitié de mes peines molestes, Las ! aide-moi : sans toi j'allai mourant.

Il n'est cellui, tant soit juste, qui n^erre, Lieve-moi haut de cette obscure terre.

Pour voir au ciel ce dont suis ignorant.

LAMALTHEE

Le seul mouveur de soi, et de Nature, Au veul duquel tout le monde se pand.

En ce grand corps sa deité répand, Donnant à tout et matière et figure,

Quand il lui plait, le ciel tonne et murmure. Et, quand il veut, lui seul la terre f and : Qu'allons-nous donq' en vain philosophant? 0 des mortels folle entreprise et cure !

Ainsi qu'en tout il est tresadmirable, De le voir tel quel esprit est capable? Tout l'univers par tout le fet savoir.

Les deux astres nous preschent à le creiiulre; Cette beauté, qui par lui me vint poindre, M'anonce et dit son merveilleux povoir.

Si les secrets des philosophes sceus, Sondans le fond des causes plus secrettes. Disent aux deux toutes choses sujettes, Sous les Ions cours des Ions siècles issus,

Et que les corps, des quatre corps tissus, Par certeins ans, perdus en leurs cachettes, En mesme point avecqucs les planeîtes Retourneront encores au dessus,

Helas ! ô moi à jamais misérable!

Qui renaiirei, mis en peine semblable, Voir la beauté qui tous mes sens détruit.

Mieux m'eut vallu jamais au monde n'estre, Ou que la mort {si tant me faut renaître) Cillât mes yeux d'une éternelle nuit.

72 l'amalthée

Injuste amour, ah ! que sous ta caresse Secrètement vont de maux s^ assemblant ! Avec un ris, avec un doux semblant, Les cueurs tu pais d'espérance traîtresse.

Ta mets, à coup que la voile se dresse, Le vent en pouppe, et puis, nous accablant, Avec l'espoir le plaisir vas emblant, Rien ne laissant que la seule tristesse.

Tu fais paraître cstre ce qui n'est pas, Tu mets en haut, et tout à coup en bas ; Ta faveur rit, mais bien peu elle dure.

Tu fais louer ce que l'on deut blâmer. Ce qui nous nuit ta nous contreins aimer. Des plus constans tu changes la nature.

Malheureux or, quels maux n'ose$-iu faire Aux vains mortels? Aussi t'ont-ils cherché Jusqu'aux enfers, où tu fus arraché (Comme je croi] du ventre de Megere.

La tour d'érein, et la garde guerrière, Acrise avoit ta fille bien caché!

Si l'or ne fut dans son sein épanché : L'or en amour fet plus que la prière.

Dieu ! que le monde était bien fortuné Qui ne t'avoit! Un cueur étoit donné Ferme et constant, sans avare se vendre.

Amour depuis nous a fet cette loi :

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