IV NOTICE
avait dix-neuf ans quand il devint épris de cette beauté farouche :
Dix et nerif ans j'avois heureusement.
Gardant tousjours mon innocence entière, Et le poil d'or de ma barbe première Sur mon menton se monti oit seulement, Alors qu'Amour trop cauteleusement, En me flattant d'une douce manière.
Me fit son serf, mesme avec la prière Me promettait un brave traitement.
Notre poète, qui eut beaucoup à se plaindre de la rigueur de son Amalthée, et qui s'en plaignit dans de nombreux sonnets, a poussé la discrétion jusqu'à nous laisser ignorer le véritable nom de cette dame : car nous avons lieu de supposer que ce n'était pas une maîtresse en l'air, comme celles que les poètes se créent souvent pour avoir un éternel sujet d'élégie au service de leur Imaginative amoureuse. Cette dame existait réellement, puisqu'elle avait sur les bords du Rhône un petit château, que Marc-Claude de Buttet préférait au château royal deBlois, quand elle y faisait sa demeure ' :
.. Un renommé chasteaii.
Petit, mais fort, et tout embrassé d'eau. Dans mon esprit a si bien pris sa place, Pour le bel œil qui ainve s'y tenir, Qu'il ne sf aurait 'quoique je fasse et fasse) A tout jamais laisser mon souvenir.
O Rhône heureux, maintenant je te voi...
Là oie tu sçais, je te pri', porte-moi
Ces longs soupirs, celle plainte angoisseuse,
Et en passant par celle heureuse terre
Oit la Dame est, qui tant m'a fait la guerre...