‹ Œuvres poétiques; précédees d'une notice sur l'auteur et accompagnées de notes par le bibliophile JacobChapitre 55 sur 94 · A JEAN GASPARD DE LAMBERT · texte numérisé non relu

A JEAN GASPARD DE LAMBERT

Gentilhomme savoisien ODE X

HEUREUX qui, pour acquerre Le ciel, quitte la terre Et toute vanité.

Et qui, par vertu ample.

Se laisse pour exemple A sa postérité!

Vertu suit une trace Que nul ne tient, jusqu'à ce Qu'il ait dur tens souffert.

Fort est qui, pour l'atteindre, Aux maux, qu'on ne doit creindre, Hardiment s'est offert.

Un mal instruit courage Cet épineux passage Veut ravir en courant :

Ainsi la fausse tourbe Le jette au chemin courbe De l'aveugle ignorant.

Mais qui jet lente course, Pas à pas, voit la sourse Du haut roch où il tend.

Et, lors qu'il crie et montey La vertu, d'aider pronte.

Invoquée l'entend.

Hercule, aiant defettes Les sept hydrines testes, Pront en un sentier tel La print : en mesme affaire, Castor, avec ton frère.

Tu es fet immortel!

Aucuns s'allans retraire Loin des pas du vulgaire, Ardans de décevoir L'enroiiillée oubliance, Prudens, par la science S'efforcent de l'avoir.

La science honnorable.

Plus que l'or souhetable, Que le Ciel t'écloiiit, En si sage entreprise, Pour estre de toi prise, Belle s'épanouit.

Quand bien jeune tes guides Les saintes Pegasides, Désirant te loger, Sus leur haut mont te mirent, Et en dormant fi firent Leurs beaux secrets songer.

Là ta gorge altérée Huma Veau etherée, Où but profondément Le bon berger d'Ascrée; Là la troupe sacrée Te tient mignardement.

Entre elles CaUiope, Te baisant, enveloppe Du rameau triumphant L'or crespu de ta teste, Comme propre conqueste De son tant cher enfant;

Et, mettant la main tienne Sur la harpe orphéenne, T'a f et son art tenter; Mais vien en plus hauts carmes Les îriumphantes armes De noz princes chanter.

Qiii est cellui qui pense Plus brave recompense.

Pour son heur mérité.

Que de povoir conquerre, Après mort, en sa terre.

Gloire et éternité ?

L'honneur des plus grands tombe Avec eux sous la tombe :

Qu'est-ce où l'obli ne mord?

Mais ta vertu suivie Sous les pies de la vie Massacrera la mort.

Le palmier qui boutonne Espérance nous donne Manger le fruit suivant :

Or, ta meure prudence Plutôt que l'apparence On a veu mise avant :

Car le Ciel, qui l'ordonne, Ains que sois en auîonne, T'a rendu fructueux, Faisant de ta jeunesse Une sage vieillesse.

Tant es-tu vertueux.

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