‹ Œuvres poétiques; précédees d'une notice sur l'auteur et accompagnées de notes par le bibliophile JacobChapitre 56 sur 94 · CONTRE AMALTHÉE · texte numérisé non relu

CONTRE AMALTHÉE

O Déesse Aphrodite, fille De la mer, que Pair fit rider, T embarquant dans une coquille Pour droit en Cythere aborder,

Quand, bien petite encore, Mais très-grande en beauté.

Ton Isle qui t'adore Conneut ta deité.

Tu as sur l'univers régence, Par toi tout au plaisir se joint :

Car ta renerves la puissance De ton fils mignard, qui tout point.

Voi donques, je te prie.

Mère d'Amour, comment Ma gentile ennemie Se jolie à mon îorment.

Bien que tu te sois retirée Dans Thrace, où voilent tes désirs, Ou que ta ville Cytherée Te tienne en tes premiers plaisirs.

Tourne ton beau char ample En mes champs, si tu veux Que je t'i dresse un temple Pour te rendre mes vœux.

Le doux mal d'amour incurable.

Qui par monts et bois t'a contreint Suivre ton mignon tant aimable, Mon cueur pour Amalthée étreinî,

Qui seule me travaille En ses divines meurs.

Et d'une sourde oreille Méprise mes clameurs.

Tu peux matter par douce force L'orgueil des plus fiers animaux, Mesme brusler en ton amorce Les monstres aux marines eaux.

Mais ma Nymphe, ta proche,

Caute à me molester,

D'un cueur rié d'une roche

T'ose bien résister.

Donq', Amour, pren ta flèche amere.

Bande ton arc, fai la douloir :

Sans toi la douceur de ta mère Longuement ne pourroit valoir.

Jusques dans ses os glisse

Ton feu lent, plein d'aigreur,

Et fai qu'elle pallisse

D'une douce langueur.

Si le grand Roi qui tonne et grelle.

Sans viser, tu frappes au cueur, Ne pourras-tu d'une pucelle Par longs ans te rendre veincueur?

Du trait qui me fet blesme Tasche à l'atteindre droit.

Car ce tonnant supresme Elle seule veincroit.

Enfin, quand ta prodigue trousse Tous ses traits t'aura fet sortir.

Pour la rendre à mes travaux douce, Fai-lui un peu mon mal sentir, Puis regrave sans cesse.

En son cueur tendre fet, La peine vengeresse Du tort qu'elle me fet.

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