NOSTRE-SEIGNEUR JESUS-CHRIST
REVEILLE-TOI, moii luth, et chante Des vers au trcs-grand Dieu des Dieux, D'une corde si bien disante Quelle arreste étonnés les deux.
Quel Apollon ni'assaut D'un nouveau feu plus chaudi' Qui me va recliaufant L'ame en si saint émoi?
Dieu supresme, f ai-moi Chanter ton doux enfant.
En ce bas désert ou nous sommes Le haut Verbe éternel vivant Se vêtit de la chair des hommes, A nos misères s' asservant ,
Et vint {yangeant le tort
Du serpent) par sa mort
La terre secourir, Qui, sous l'antique erreur, S'en allait en l'horreur Des abîmes périr.
Aux fonds des profondes ténèbres, Le grand soleil se révéla.
Et, rompant les portes funèbres De Pluton, soudain appella, Du haut ciel eclairci, La Pitié, et Merci, Qui l'homme ont déchaîné Des gouffres infernaux, Où en éternels maux Il éîoit condanné.
Une Nymphe Gallléenne Dans son flanc heureux le porta.
Et, par puissance non humaine, Mère et vierge elle l'enfanta.
La Nature, en: ce f et, Etonnée, se tait.
Et en soi ne comprend Comment faire se peut (Quand sa loi ne le veut) Un miracle si grand.
Tantôt (jue par céleste grâce L'enfant du Tout-puissant fut né, L'ange de Dieu, des deux déplace, .
De splendeur tout environné.
Criant aux pâtoreaux :
« Sus, laissés ces toreaux]!
Qu'estes-vous endormis?
En terre s'est rendu,
Du ciel large étendu,
Le Messie promis.
« Enfans, n^aiés peur! qu'on s'appreste. Debout! en Bethléem coures!
Sur du foin, dans une grangette, Au maillot vous le trouvères. »
Ainsi leur annonça
L'Esprit, puis s'élança
Par l'air divinement^
Lors les célestes voix
Ont frappe plusieurs fois
Le front du firmament.
Les bergers, en liesse grande, Leurs musettes et challemeaux Font oiiir, et toute la bande Chante et rechante chants nouveaux.
Au grand Dieu tout puissant
Louanges vont dressant, Pleins de divine ardeur, Aians oiii des deux En ces terrestres lieux Venir un si grand heur.
La nuit lors, pour estre agréable,
Tendit son manteau ételé Jusqu'aux fins du monde habitable, Où elle a l'enfant révélé.
Le ciel, qui tôt le sceut,
Muet point ne le teut.
Tirant ses mouvemens;
Et tout soudain l'ont veu
L'air, la terre et le feu.
Et tous les élemens.
A coup, une étoille drillante.
Traçant le ciel oriental, Traine sa cueiie blanchissante, Nonçant ce mystère fatal.
Trois Sages, regardans
Ses beaux cheveux ardans,
La voiant avancer.
Dirent que le haut Dieu
Droit l'élançoit au lieu,
Pour son Roi annoncer.
yô LIVRE PREMIER
Joieux de ce divin message, Avec honnorables presens Le vont voir, d'un humble visage.
Lui offrant or, myrrhe et encens.
Sachans qu'il s'étoitfet.
D'éternel Dieu par/et, En corps semblable à nous.
Chacun d'eux s'abbatit Devant l'enfant petit Saintement à genoux.
Or, puisque fus tant admirable, Claire nuit, par tout l'univers, A jamais sois-moi favorable, Inspire-moi des divins vers.
Et toi, le doux confort De mon ennui si fort.
Luth, que je vai pinçant.
Cesse de lamenter.
Et appren à chanter Le los du Tout-puissant.