LA REINE DE NAVARRE
Suivant les vers latins de Jean d'Aurat ODE XIX
AINSI que le Prophète grand, Ravi d'un brave char ardanî , Bien haut par l'air print la carrière, De son bras doré et luisant La bride et le frein conduisant Des chevaux foulant la lumière,
Quand la robbe, se deploiant Hors du sein du vieil flamhoiant, Cheut aux jeunes mains suppliantes Du moindre Prophète, et ainsi Après soi, par l'air éclerci, Tirait longues traces ardentes.
Comme une étoile on voit flamber, Tumbante, ou qui semble tumber Du ciel, des autres bien lointaine,
Traînant une cueiie à long trait, D'un feu soudainement pourtrait, En la nuit brunette et sereine,
Marguerite, non autrement, Lasse de l'humain vêtement.
Qui d'une tache naturelle Outre son gré l'alloit couvrant.
Plus divine, se délivrant De l'orde masse corporelle,
Au ciel hauteine s'éleva; Sur quatre roues elle va, Foi, Charité et Espérance, Et la Force, qui donter peut Le sort malin, qui point n'émeut Un cueur bien armé de constance.
Sur ce beau char victorieux,
Se joint à la trouppe des Dieux,
Où Déesse elle se contemple.
Et reine, par dessus les rois,
Non de son petit Navarrois,
Mais bien d'un roiaume plus ample.
A ANTOINE BATTANDIER
LE celesie Toreau, dressant Sa corne d'or, de fleurs ornée.
D'un front sur la saison puissant Pousse la porte de l'année.
Le ciel, chaufant l'humide de la terre. Nouveaux thesors de son giron déserre.
Des'} a se desenflent les eaux,
Abbatant leurs ondes légères.
Et, par les champs, les pâtoureaux
Se joiient aux gaies bergères.
Ores tout rid; mais cet estre agréable Nous va monstrant que rien n'est par durable.
Tantôt le renouveau plaisant
Un esté couppe-blé nous donne,
Et, soudain que l'esté cuisant
A fet place au vineux autonne, L'hyver recourt : ainsi l'heure nous meine, De jour en jour, à notre mort certeine.
8o LIVRE PREMIER
La lune pourtant chacun mois
Rackette sa clarté perdue ;
Mais, Battandier, si une fois
L'arrest des trois Parques nous rue Davant Minos, où tous nous faut descendre, Nous serons lors, maugré nous, ombre et cendre.
Pourquoi donq' , pour biens acquérir.
Perdons-nous l'aise pour la peine.
Quand si soudain un bref mourir Trompe notre espérance veine ?
Voici le coup de joiïer et s'ébatre :
Or' pour jamais faut la tristesse abbaîre.
Laisse le Palais plein d'émoi, Laisse, laisse ces loix rongeardes, Et te per aux champs avec moi, Pour voir caroller les Dryades, Du bord jasard d'une fonteine pure Sas un lit mol de mosseuse verdure.
ODE XXI 8i