‹ Œuvres poétiques; précédees d'une notice sur l'auteur et accompagnées de notes par le bibliophile JacobChapitre 77 sur 94 · A CALAIS ET THIONVILLE · texte numérisé non relu

A CALAIS ET THIONVILLE

COMME un lion autrefois redoutable, Sentant desja pesans Ses membres 'gourds, à soi non plus semblable, Faisant place à ses ans,

Aux fiers combats des plus forts ne s'encombre

Qu'il a jadis tenté, Ains s'accroupit et se retire à l'ombre

De quelque antre écarté,

Ne perdant point pourtant sa ficre audace

Dessous sa vieille peau.

Il enhardit et avance en sa place

Son jeune lionneau,

Qui, de fureur troublant toute la plaine

Par un noveau effroi, Saute aux toreaux, et les mord, et les traine

Tous en sang après soi,

Tant pour amour de la gloire éveillée Que pour faim du repas,

Soit pour autant quW celle heure épiée. Le pasteur n'i est pas :

Ainsi César, quittant les fortes armes

Bas de dessus son dos.

Laissant l'ennui et fuiant les allarmes

Pour gagner le repos,

Arma son fils de fer et de courage.

Qui en premier butin

Accoup embla, comme un puissant orage.

Les murs de Saint-Quentin.

Mais, dépité en sa terrible bande,

L'ensegne déploia, Et, voiant France en fiance trop grande,

A ce coup l'effroia :

Lui présentant, pour la faveur, la perte,

(0 ciel soudain mué !) Au roial sang fit rougir l'herbe verte.

Sous un prince tué.

Mais, comme on voit qu'en éclairs le tonnerre,

Prêt de tout accabler.

Croule le ciel d'un grand bruit, qui la terre

Prontement fet trembler.

Haut au milieu de son ardente trouppe.

Le vaillant Guise ainsi, Brave accourant des champs de Partenope,

Vint foudroier ici;

Et de prim saut, en secourant la France,

A dans sa main remis Le fort Calais, deux cens ans en souffrance

Foulé des ennemis.

lô

Puis, s'atîachanî à meinîe et meinîe ville, Tout prêt à les faucher,

A renversé l'orgueil de Thionville, Pour autres depescher.

Si que par tout la peur, le sang, Pesclandre, Il envoie aux plus forts,

Epoventant l'Angleterre et la Flandre De ses heureux efforts.

0 fort heroe! ô vertu plus qu'humaine, Qui grande au ciel te mets,

Par tes hauts faits, la gloire de Lorreine Ne périra jamais.

FILLE de Dieu, des peuples mère.

Qui, dés que les chetifs humains Malins ne connurent ton père, Armans leurs infidèles mains, Tirant haut ta divine bande, Nous laissas à tout malheur choir.

Puis au ciel, en magesté grande, Tallas prés de ton père assoir.

Si quelque vertu non foulée Encores soufflans nous soutient.

Or' que la terre désolée A son dernier abime vient, Ecoute-moi : ne soit couverte Ta pitié, pour plus ne nous voir; Assez nous a punis la perte, Dedaignans de te recevoir.

Ah ! las ! rien plus çà-bas n'abonde Que tout malheur, nous r'accablant!

Le cruel Mars l'univers monde.

De ville en ville, va troublant.

Las! plus le Ciel ne nous avoiie, Loin, loin de nous s'enfuit tout bien : Sans raison Bellone se joue A épancher le sang chrestien.

Les cités, aux tonnans allarmes.

Rompant le saint honneur des loix, En grand effroi sautent aux armes ; Des troupes les horribles voix Noncent par tout ouverte guerre; L'une gent court l'autre assommer :

Que reste, si non que la terre S^enfondre pour nous abîmer?

Ah ! si ta céleste caresse Nous cache ton visage doux, Helas ! débonnaire Déesse, Pour tout jamais c'est f et de nous.

Le Ciel, foudroiant noslre race.

Dorera un siècle nouveau, Puisque de son antique face L'univers n'a plus rien de beau.

Voi-tu Philippes qui arrive Pour tout à coup la France embler, Plaisant, d'une fureur hâtive.

Un merveilleux camp assembler?

Les plaines, qui claires hérissent De fer, viennent à s'animer^ Comme les ondes qui se glissent L'une après l'autre dans la mer.

Voi, voi, en la large campagne, Henri pront les armes happer, S'opposanî aux forces d'Espagne Et prés d'Amiens se camper, Où, couvrant toutte la prairie, Va ses fiers étendars hâtant.

Puis, dressant sa gendarmerie,.

D'un front invincible l'attend.

HYMNEALAPAIX 12^

(luelle ruine plus profonde, Ah ! pourrait l'Europe encourir, Las ! si cette élite du monde, S'cntrebrassant, vient à périr? .

Du meurtre la tourelle guerre.

Faisant Somme à regret liâter, Ne se contentant de la terre, Courra Tethys ensanglanter.

Descen du ciel froisser leurs armes, Qu'ils n'aillent jamais combattant :

Et vien pronte essuier les larmes Du pauvre monde qui t'attend. Empogne la corne abondante, Mais de l'arbre où tant tu te plais Orne ta trouppe triumphante, 0 paix, ô bienheureuse paix!

En or pompeusement ornée.

Venus ait son beau ceste ceint.

Amenant le bon Hymenée, D'une robbe de pourpre peint.

Les plaisirs, les gais jeux, la chère.

Tes saints pas talonnent de prés, Te suivant tous, leur reine chère, 0 paix, à bienheureuse paix !

Quand l'horrible assaut prendra voie.

Pour au choc ces grands roys irer, Comme gryphons qui à la proie A coup se veulent déchirer, Vien au secours ! Ah ! ne nous laisse, Mais, contre l'assaut hasardeux.

Partant du ciel, comme Déesse, Lance ta grand' force entre deux.

Bien que de Mars la rage ouverte Semble tout à la mort m.esler, Sans espérance que de perte, T'armant de ton divin parler, Aux scadrans élancés commande D'arrêter : lors chacun, tout coi, Abbatant sa fureur plus grande.

Humblement obéisse à toi.

Di-leur : « Rois guerriers, si la gloire Obstinés vous contreint armer.

Faut-il en sanglante victoire Désoler la terre et la mer?

Suivrés-vous ce Mars exécrable.

Tant de voz cités ranversant?

Las! voies Festre pitoiable De votre peuple périssant. »

A ta voix la pitié chrestienm Si sainte les puisse émouvoir, Qu'à Venvi l'un et l'autre vienne Humble à toi, pour de prés de te voir. Lors ta grand' beauté favorable Resplendisse en ses doux attraits, Par sus toute autre émerveillable, 0 paix, à bienheureuse paix!

Pren la main, à la guerre adextre, De Henri, du Ciel fortuné, Puis la victorieuse dextre De PhilippeSj à vertu né.

Et en foi non jamais muable Fai-les si douces enlacer Qu'époints d'une amour perdurablc, Tous deux viennent à s'embrasser.

Lors Bellonne en aspre furie.

Rompant ses homicides fers, De dépit et forcennerie, Aux grands abimes des enfers.

Trébuchant, pour jamais descende ; Et chascun raconte tes faits, Anonçant ta victoire grande, 0 paix, 0 bienheureuse paix!

Que plus aux champs Mars on ne voie En canons terribles tonner.

Haut au ciel montent feux de joie.

Les temples saints on voie orner.

Toute l'Europe à ta venue Déborde en triumphes exprès^ Et tout peuple après toi se rue, 0 paix, 0 bienheureuse paix!

Va revoir le monde habitable, Merquant ce grand rond terrien. Et ta douce main équitable Rende à chacun ce qui est sien: ■ Le prestre dedans son église.

Le noble Vautrui ne cherchant, Le marchant en sa marchandise, Le laboureur soit à son champ.

Puis de l'abondance prospère Commence les îhesors verser A la tout-engendrante mère, Qu'à tes pas on voie engresser; Et que l'accroissante richesse Bigarre en tous bons fruits épés Noz champs dorés de ta largesse, 0 paix, ô bienheureuse paix !

Par quel les, Déesse puissante, Bruira ton nom, en mes vers mis?

Faut-il que ma harpe te chante La grande fille de Themis?

Plutôt, prés de Dieu tousjours telle, Flambes en ton îrosne, à jamais Sur tous les siècles éternelle, 0 paix, ô bienheureuse paix !

Quand celte grand' machine ronde Contr'émeut tous ses mouvcmens, C'est toi qui, pour tourner le monde, Arrengeas tous les elemens.

Et, lorsque le chaos contraire Rebroiiilloiî la cause aux effets, Tu les fis en leurs lieux retraire, O paix, ô bienheureuse paix !

Tu es de tout mère divine, Compaigne des grands Déités.

La justice à tes pieds s'incline, Tu peuples les grandes cités.

Tout ce que ce beau tout enserre, Ministre au grand Dieu tu le fais, Toi puissante an ciel et en terre, 0 paix, ô bienheureuse paix!

IJO

// n'est région si barbare Qui humble ne t'aille adorant :

L'ardent More et le froid Tartare, Laissant Mars, te vont implorant; Les Medois bragards, à la trousse, Pour trophé' Vappendent leurs traits, 0 des vivans nourrice douce!

0 paix, 0 bienheureuse paix !

0 céleste, o trois fois tresgrande, Antique Reine des humains, Oi comme chacun te demande, T'addressant la voix et les mains .

Ne sois de nos vœ'ix dédaigneuse, A t'avoir voi tous peuples prêts.

Descend, descend, ô paix heureuse, 0 paix, ô bienheureuse paix !

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