Livre sa jeune plume à la brise bénie
Et mêle au chant des flots sa goutte d'harmonie !
l'hiérophante.
Il est, sur un sommet dans les airs suspendu, Parmi les fleurs d'un sol à vos pas défendu, Il est une fontaine où l'aigle seul vient boire, L'eau de science y coule en un bassin d'ivoire; Quand l'homme y veut gravir appuyé sur l'orgueil, Le vertige, veillant à la garde du seuil, Du suprême échelon et du faite qu'il touche Le fait rouler au fond d'un souffle de sa bouche.
LE CHŒUR
Sur le front de l'Atlas nous avons mis nos pieds;
Leur vol n'y porte pas les aigles effrayés.
Sur les glaciers béants qui nous tendaient leurs pièges,
Nous avons sans ivresse aspiré l'air des neiges;
Le fluide subtil qui flotte en haut des monts
N'a pu troubler nos yeux, ni brûler nos poumons;
Et, debout, sans frémir au bord du pic sublime, Nous avons soutenu les regards de l'abime. Val nous pourrons gravir en creusant nos chemins Tout sommet dont la base offre prise à nos mains I
l'hiérophante.
Vous saurez, mais trop tard, ô cœurs que rien n'effraie, De quel funeste prix la science se paie Et comme on peut vieillir en un jour révolu ! Mais venez!... qu'il soit fait ce que l'homme a voulu !
LE CHŒUR
Esprit, réjouis-toi ; ton attente est passée ;
Voici la Vérité, ta belle fiancée;
Avant l'heure d'hymen, au seuil de sa maison,
Chante, oiseau plein d'amour, ta plus douce chanson I
Le prêtre, en gémissant, livre la porte sainte A ces hardis mortels; eux traversent l'enceinte Où la foule s'arrête, et, sans courber le front, Vont droit au sanctuaire où les voix parleront.
C'était un antre immense, aussi vieux que la terre, Où les Titans vaincus cachaient leur culte austère,
iSo
Un mont entier creusé des pieds jusqu'aux sommets ; L'œil du jour et des dieux n'y pénétra jamais. Sculptés dans son granit, des monstres séculaires Couvraient de longs troupeaux ses parois circulaires ; Sur un trépied de bronze, un vase empli de feu, Comme un astre immobile, en marquait le milieu. Seul flambeau de qui l'antre empruntait un jour pale, La clarté se mourait près de ses flancs d'opale, Et, sans monter jamais jusqu'aux faîtes obscurs, Son reflet vaguement allait blanchir les murs.
Le globe merveilleux ne laissait point d'issue
Par où l'on pût toucher à la flamme aperçue ;
Sur ses larges contours un artiste pieux
Grava fidèlement les images des dieux,
Leurs combats, leurs amours, les traits de leur sagesse,
Ce qu'adoraient enfin l'Orient et la Grèce.
Le jour intérieur ne luisait au dehors
Qu'en rayons adoucis sortant de leurs beaux corps,
Et recevant d'eux seuls sa forme et ses limites,
S'échappait en clarté sous le voile des mythes.
L'Olympe y semblait vivre avec ses habitants; L'homme y tenait sa place après les vieux Titans. Tel que l'avait conçu la foi du monde antique: C'était là du grand tout un abrégé mystique.
Zeus s'y manifestait en ses règnes divers; Zeus, le père des dieux, l'àme de l'univers, Roi toujours créateur dans ses métamorphoses. Ici, sur l'Eurotas, sortant des lauriers-roses, Cygne voluptueux par Léda caressé,
L'aile ouverte et le col dans ses bras enlacé, De deux guerriers jumeaux il rend Sparte féconde, Par ce même baiser qui donne Hélène au monde. Autre part, pour aimer et pour créer encor, Sur une fleur captive il pleut en gouttes d'or. Ailleurs son bras soutient, sans que leur poids l'entraîne, L'effort de tous les dieux suspendus à sa chaîne. Là, sa foudre aux Titans défend l'abord des cieux ; Là, taureau, sur sa croupe il porte en des flots bleus, Vers un monde à peupler dont elle sera mère, Europe aux pieds d'argent que baise l'onde amère. Ainsi, dans ses projets pour l'amour ou l'effroi, Tout élément concourt à servir le dieu-roi.
Plus loin l'ardent Phœbus, le prince au triple empire, Archer qui tient aussi les rênes et la Ivre, Devant qui meurt toute ombre et pâlit tout flambeau, Apollon, le dieu seul, sans rival, le dieu beau, Séchant sous ses traits d'or un limoneux refuge, Perce l'impur Python, noir enfant du déluge. Instruit par son oracle, un couple abandonné Sème les cailloux vils dont un grand peuple est né. Déjà, sous le regard de l'éternel poète, L'univers réveillé prend des habits de fête, Et les hommes groupés autour du dieu vainqueur Pour la première fois savent chanter en chœur. La lyre enlève aux monts et bâtit les murailles Des villes qui germaient dans leurs fortes entrailles; Les sauvages tribus accourant à sa voix, S'approchent en dansant au bord des sombres bois. Tout fleurit sous tes pas ! Tu fais croître et transformes, O dieu de l'harmonie ! ô roi des belles formes !