‹ Œuvres poétiques (volume 2)Chapitre 76 sur 103 · SIMONIDE · texte numérisé non relu

SIMONIDE

Un lourd Géphyréen tient en pareil mépris Tous les arts élégants, tous les joyeux esprits; Aux vives Charités son culte se refuse, Et d'un épais encens il fatigue la Muse. Quand la cité reluit d'un éclat tout nouveau, Comment cet homme, aveugle aux sourires du beau, Ouvrirait-il son cœur et ses longues oreilles A l'aimable pouvoir auteur de ces merveilles! Ennemis d'Hippias, ignorez-vous encor Qu'Athènes sous ses mains se fait de marbre et d'or; Que d'habiles sculpteurs, venus à sa parole, Peuplent de dieux charmants la ville et l'Acropole; Qu'au gré de vos tyrans, par les Muses nourris,

3 I y HARMODIUS.

Phœbus vous a cédé ses plus chers favoris;

Et qu'instruisant vos fils de leurs leçons fertiles,

Tous accourent chez vous des plus lointaines îles?

ARISTOGITON

Dans la libre cité qui veut garder ses lois, L'aède, racontant les généreux exploits, Célébrant les aïeux et les dieux dans leur temple, Nous suffira; tout autre est d'un mauvais exemple. Malheur à qui se plait à vos récits menteurs, A ces impurs conseils semés par les chanteurs, Et respire une fois, dans vos longues orgies, Le baume assoupissant des molles élégies ! Au poète joyeux je ne fais nul affront, De lauriers et de fleurs je couronne son front, J'y joins, si vous voulez, un présent magnifique, Mais je le reconduis hors de ma république.

LE CHŒUR

J'enchaînerai dans ma cité Par des fleurs, par des sacrifices, Près de l'auguste Liberté, Phœbus et les Muses propices.

Je les veux toutes retenir, Les neuf filles de Mnémosyne; Toutes régissent l'avenir, Toutes font une œuvre divine!

Du chœur chaste et mélodieux, Laquelle oseras-tu proscrire?

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