SCÈNE IV
Laisse à l'Olympe tous ses dieus, Toutes ses cordes à la lyre.
Que la cité, riche eu vaisseaux, Livre aux sculpteurs l'or et l'ivoire, Vénérant les sacrés pinceaux Qui font dire aux murs son histoire.
Non moins que ses législateurs, Ses pilotes, ses capitaines, Peintres, poètes et sculpteurs, C'est vous qui fondez notre Athènes!
il a R m o d 1 u s.
Oui, j'honore entre tous, j'admets pour bienfaisants, De l'œuvre des neuf sœurs les divins artisans. Je veux que, dans ma ville aux splendides colonnes, Peintre, aède et sculpteur reçoivent des couronnes. Mais je veux que les arts, d'une commune voix, Parlent aux citoyens, fassent aimer nos lois, Qu'ils disent les vertus, les héros qu'on renomme Et forment un langage entre les dieux et l'homme. Je ne permettrai pas qu'au sein de nos remparts Un roi guide à lui seul le chœur sacré des arts, Et fùt-il, entre nous, pur, sage, exempt de Tices, Dispose de la Muse au gré de ses caprices. La Muse, des flatteurs déteste le métier; L'art est, comme la loi, fait pour le peuple entier.
SIMOXIDE.
Une ville à loisir travaille ou se repose,
320 II A R MO D IUS.
Lorsqu'un sage tyran règle en paix toute chose; Il porte à lui tout seul, pour le bonheur commun, Le fardeau que les lois divisent sur chacun. Nul n'étant plus distrait du soin de sa richesse, Chez les bons citoyens l'or s'augmente sans cesse, Et tous riches, vêtus de robes à longs plis, Coulent d'heureux loisirs par la Muse embellis.
IIARMODIUS.
Au parasite impur sied l'indigne habitude
De vanter à la fois l'or et la servitude,
L't d'unir, sur sa lèvre et dans ses vers flatteurs,
Ces deux mots les plus vils et les plus corrupteurs.
Rien parmi les mortels ne circule de pire
Que l'or, car il peut tout souiller et tout détruire;
Il renverse un Etat, arrache à sa maison
L'homme et l'envoie au loin ramasser du poison;
Il trompe les esprits les meilleurs, il les plonge
Dans une épaisse nuit de ruse et de mensonge;
Par lui, l'infâme luxe infecte une cité
Du ferment de la peur et de l'impiété!
ARISTOGITON
Pour la cité qu'un maître asservit et caresse, Va! ne redoute point l'excès de la richesse. Nul n'ayant le souci, l'espoir du lendemain, L'or s'enfuit de partout comme l'eau de la main. On dissipe encor verts les fruits de son domaine; Un seul trésor grossit, c'est celui de la haine...