‹ Œuvres poétiques (volume 2)Chapitre 82 sur 103 · ARISTOGITON, LE CHŒUR · texte numérisé non relu

ARISTOGITON, LE CHŒUR

ARISTOGITOX.

Lorsqu'un maître orgueilleux, déchaînant sa rudesse,

Frappe jusqu'à nos sœurs aux pieds de la déesse,

Qu'osant nous disputer nos droits religieux,

O vieillards! il défait ce qu'ont fait les aïeux,

Faut-il laisser grandir cette audace insolente,

Et différer encor la vengeance trop lente?

Un tyran s'éleva ; le rusé parvenu

Voilait sous la douceur son pouvoir contenu ;

Mais sou fils lui succède, et l'insolence éclate;

SCÙN'E VII. 329

Hippias nous a fait regretter Pisistrate, Et si l'hérédité ne se brise aujourd'hui, Les enfants d'Hippias seront pires que lui. Ceux que la tyrannie, indulgente nourrice, Langea de pourpre et d'or, berça dans le caprice ; Qui, dès leurs premiers jeux, ont eu mille moyens De prendre pour hochets les droits des citoyens, Ceux-là, voyant leur race impunie et prospère, Osent ce que jamais n'aurait osé leur père. Malheur à la patrie, à nos dieux, à nos lois, Si'ce pouvoir impur meurt et renaît trois fois ! Humiliés déjà nous portons des entraves, Mais nos fils seront vils et vendus comme esclaves!

LE CHŒUR

Des maux que tu prévois les dieux nous défendront : La honte de ce joug tomberait sur leur front. Athène leur est chère; Athène, entre les villes, Sait mieux les honorer dans ses pompes civiles, Et mieux faire sourire en groupes lumineux Le marbre des frontons qu'elle a bâtis pour eux. Pallas ne verra pas sur l'Acropole antique La noire servitude obscurcir notre Attique; L'olivier de la paix y naquit de ses mains ; Déméter y donna le froment aux humains, Et, d'un coup de trident, frappé sur notre terre, Poséidon créa l'ardent coursier de guerre.

ARISTOGITOX.

Au pays de Cécrops, Zeus et les dieux sauveurs Prodiguèrent encor de plus riches faveurs :

330 IIARMODIUS.

Ils y firent germer une vaillante race

D'hommes forts, d'hommes fiers, libres et pleins d'audace,

Sachant se protéger et se passer de rois,

N'acceptant d'autre joug que le niveau des lois,

Et capables enfin, dans les heures suprêmes,

De lutter, comme Ajax, contre les dieux eux-mêmes.

Nous sommes de ceux-là ! mais notre sort vaut mieux :

Nous combattons un homme et nous servons les dieux.

Ils nous doivent leur aide et des armes certaines,

Quand nous revendiquons la liberté d'Athènes.

A pleines mains déjà, puisant à leur trésor,

L'amitié nous revêt de son armure d'or,

Et doublant nos vertus de sa force invincible,

Nous rend tout sort heureux et toute œuvre possible.

Ce qu'un courage seul eût trouvé hasardeux,

Sûrs du même destin, nous l'oserons tous deux.

LE CHŒUR

La divine amitié, féconde en beaux exemples,

Fait les héros et les vainqueurs ; Dans l'âme des vaillants elle choisit ses temples,

Et n'habite que les grands cœurs.

Les plus nobles exploits qu'ait adorés la Grèce.

Trésors conquis, monstres domptés, Rois oppresseurs frappés d'une arme vengeresse,

Murs construits des hautes cités,

C'est ton œuvre, amitié ! tu prends dans une ville Tous les plus beaux, tous les plus forts ;

Tu régnas sur Hercule ainsi que sur Achille ; Aux enfers tu ravis les morts.

SC EX F. Vil.

L'u couple généreux est tel qu'un char de guerre

Lancé contre cent bataillons, Qui de sa double faux tranche l'épi vulgaire

Comme le blé dans les sillons.

Il court ! une main ferme au quadrige rapide

Fait sentir le fouet et le frein ; L'habile archer, couvert par une double égide,

Darde les javelots d'arain.

Ainsi, ton char nous fraye, Amitié, la carrière

Où, multipliant ses exploits, Chacun des deux guerriers, soutenu par son frère, e et frappe et vole à la fois.

Heureuses les cités où des couples d'athlètes,

Unis par de mâles travaux, L'un l'autre s'excitant aux combats comme aux fêtes,

Marchent amoureux et rivaux !

Jamais, dans leurs remparts, la tyrannie assise

Ne pèsera longtemps sur nous; Car il faut pour régner qu'elle trompe et divi. e

Les hommes haineux et jaloux ;

Car le tyran succombe à sa charge trop rude,

Amitié, quand tes forts liens Unissent vaillamment contre la servitude

Les âmes des bons citovens !

SCÈC^E VIII

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