‹ Œuvres poétiques (volume 2)Chapitre 84 sur 103 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

Donnez-moi le bouquet de myrte et le poignard, Marchons ! Moi, le plus vieux, j'ai mon droit et je l'aime : Je passe le premier et je frappe de même.

LE CHŒUR

Jeunes gens, jeunes gens, ne tentez pas le sort ! Votre présomption vous conduit à la mort. C'est peu que la justice, en notre époque sombre ; L'audace et la vertu céderont sous le nombre. Vous êtes seuls debout, tout le peuple est soumis ; Vous serez submergés sous des flots d'ennemis. Comme les blancs agneaux, du torrent qui les noie, Des Thraces d'Hippias vous serez tous la proie.

SECOND CHŒUR

Va ! nous sommes nombreux,la jeunesse est pour nous ;

Un signal, notre exemple armera son courroux.

Quand nul n'espère plus, seule elle espère encore :

Après cette nuit sombre, elle attend une aurore ;

Son regard vif et pur que rien ne peut ternir

Devine à l'horizon quelque grand avenir.

Et toi-même, ô vieillard, je sens ton cœur qui vibre;

Disciple de Solon, tu veux Athènes libre;

Tu mourras vaillamment, s'il le faut, et tu crois,

Qu'un jour prochain verra le triomphe des lois.

LE CHŒUR

Oui, nous verrions la fin des hontes où nous sommes, Si votre ardeur brûlait chez tous les jeunes hommes Mais sous leurs fronts charmants, sous leur rire vermeil,

L'àme dort d'un profond et lugubre sommeil, Satisfaits des travaux et des amours faciles, Ils passent à l'écart de nos luttes civiles, Incapables de haine, et de leur ton moqueur Raillant le saint courroux qui gonfle votre cœur.

SECOND CHŒUR

Cesse, ô vieillard, ta longue plainte.

Va ! chez ce peuple audacieux La jeunesse n'est pas éteinte, Pas plus que le soleil aux cieux.

Quand ton paie hiver se lamente, La sève dans nos bois fermente, L'amour réveille les oiseaux; Et dans l'ombre qui s'évapore, Les coursiers rouges de l'Aurore Bondissent déjà sur les eaux.

Sous la neige, au fond du cratère, Bouillonne un métal dévorant ; Les impuretés de la terre Disparaîtront sous ce torrent ; Lt ceux dont la fière sagesse, De cette lave vengeresse Accuse aujourd'hui la torpeur, Devant son déluge sublime Fuiront tremblants de cime en cime, Vieillard, et toi-même auras peur!

L'àme de vos fils se recueille, Et songe, vous laissant parler ; Et, comme la fleur sous la feuille.

scuxe vin. 535

Se voile avant d'étinceler.

Mais laissons faire à la nature, lit d'un océan de verdure Sort le printemps ressuscité.

Il suffit, pour que tout renaisse, Que ton œil de flamme, ô jeunesse !

Lance un éclair dans la cité.

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