‹ Œuvres poétiques (volume 2)Chapitre 85 sur 103 · PREMIER CHŒUR · texte numérisé non relu

PREMIER CHŒUR

Après ce calme impur, l'orage m'inquiète. Je hais ces coups subits, ces sauvages réveils, Dont la fureur succède à de lâches sommeils : Je redoute un beau jour au prix d'une tempête.

Le navire, entamé dans la lutte des flots, Traîne un secret danger sur la mer la plus belle. Jamais coup de poignard ne tranche une querelle, Et la paix ne surgit de l'ombre des complots.

J'aime que, sans fléchir dans sa haine paisible, Sans rêver de vengeance et de sanglants exploits, On oppose aux tyrans une dme incorruptible, Et qu'on use leur joug au fer des vieilles lois.

SECOND CHŒUR

Vieillard, ta prudence est glacée ; Ton front mesure sa pensée Aux lenteurs d'un sang refroidi.

Ne verse plus sur mon courage La neige épaisse de ton âge, Ta nuit lourde sur mon midi.

Rien n'allume plus dans tes veines Le feu des amours ou des haines, La sainte ivresse des héros.

Ton cœur, patient sous l'insulte, Est inhabile au noble culte Ou de Némésis ou d'Ëros.

Je vénère ta longue vie ; Mais accorde à ma jeune envie Ce combat... fût-il incertain!

Mon âge est prompt à la colère ; C'est à moi d'être téméraire ; Ainsi l'a voulu le destin.

Amis, nous laissons fuir l'occasion propice ; Le destin nous la donne, et veut qu'on la saisisse, Et les dieux offensés se vengeraient sur nous, Si la victime offerte échappait à nos coups. Sous les yeux d'Hippias, plein d'orgueil, et de joie, Ecartant tout soupçon la fête se déploie. De ses gardes impurs un instant séparé, Le tyran se confie au cortège sacré.

Et dans le Céramique, en dehors de la ville, Sa voix dirige en paix cette foule tranquille. La porte Dypilon, pour notre coup de main, Tout près d'ici, nous ouvre un rapide chemin! Marchons ! Allons cueillir la victoire certaine Qui nous rend immortels et qui délivre Athène.

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