‹ Œuvres poétiques (volume 2)Chapitre 89 sur 103 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

ISMÉXE.

Suis plutôt les conseils de mon amitié sainte.

Ne me conseille pas la honte et le remord.

Sais-tn, si je te perds, ce que j'attends du sort?

Quel n'est point mon malheur ? l'esclavage, peut-être,

Va condamner ta sœur aux caprices d'un maître,

Et dégrader en moi le sang de nos aïeux.

Ah ! que l'ombre du Styx couvre plutôt mes yeux :

Peut-être, à l'étranger vendue, et loin d'Athènes,

J'irai remplir l'amphore à de tristes fontaines,

Et, filant jusqu'au soir la toison des brebis,

Préparer humblement sa couche et ses habits.

L'esclave perd, dit-on, la moitié de son âme :

Ah ! plus que la moitié, grands dieux ! quand il est femme

Toi mort, si je survis, crois-tu que l'oppresseur

Ne se vengera pas du frère sur la sœur,

Imaginant pour elle, en sa haine sauvage,

Le plus cruel supplice entre tous : l'esclavage?

Tel sera mon destin. O mon frère, veux-tu

Causer ma honte au prix de ta fausse vertu ?

Des jours qu'à son fuseau la Parque lui dévide Nul ne choisit l'or pur ou le chanvre livide.

342 IIARMODIUS.

Impuissant sur sa vie et jouet de son sort, L'homme n'évite pas, mais peut hâter sa mort. Pourtant les dieux sont bons et le destin est juste; Et je demande à Zeus, à la déesse auguste, Qu'ils écartent de toi l'opprobe et la douleur. Chère enfant ! tu n'as pas mérité le malheur.

Ne l'inflige donc pas à ta sœur désarmée.

IIARMODIUS.

Va ! tu peux, si je meurs, vivre encore, être aimée: Un époux, et des fils, et mille soins nouveaux, Te rendront la douceur de nos jours les plus beaux.

Nos parents ne sont plus ; Zeus même et la déesse Ne pourraient rendre, hélas ! un frère à ma tendresse.

J'ai commencé de vivre, enfant, bien avant toi; Avant toi je mourrai : c'est la commune loi.

Puissent les dieux du Styx, exauçant ma prière, M'accorder la faveur de partir la première!

ARISTOGITOX.

Ton cœur, ô noble Ismène, est trop prompt à souffrir; Pour s'en aller combattre, on ne va pas mourir.

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