SCÈNE X
Ce serait toi, ma sœur, et ta douce tendresse! Mais je ne choisis pas mes destins, j'obéis! J'écoute aveuglément la voix de mon pays. Adieu!... Mais que ce jour soit propice ou contraire, Retiens ceci, retiens ces derniers mots d'un frère, Ces mots où je trouvais mon bonheur et ma Ici : Per-onne, ô chère enfant, ne t'aima plus que moi.
Prouve-moi cet amour, frère, et consens à vivre. Je suis seule en ce monde et n'ai plus qu'à te suivre. O cher Harmodius! tous les nôtres sont morts; La maison des aïeux est vide quand tu sors. J'y passai dans le deuil une jeunesse amère ; Mais je retrouve en toi ma vénérable mère Et notre père auguste : et ta maie douceur Me fait goûter aussi le charme d'une sœur. En toi j'ai tous mes dieux et toute ma famille, Mon frère! et je te rends les respects d'une fille; Et je ne sais encor, tant cet amour est doux, Si l'on aime autrement un généreux époux. Ne laisse pas ta sœur, et ta fille, et ta veuve, Subir ce triple coup et mourir sous l'épreuve; Sois clément pour toi-même et pour notre amitié; Si ce n'est par amour, frère ! au moins par pitié !
O saintes lois d'Athèue, amour de la patrie! O larmes de ma sœur, de mon enfant chérie! Vos contraires assauts, excitant ma vertu,
Me rendraient mou essor, si j'étais abattu!
Oui, contre les auteurs de cette horrible peine
J'ai senti redoubler mon courage et ma haine.
Leurs boucliers d'airain se rompront sous mon bras !
Oui, que je vive ou meure, Hipparque, tu mourras!
J'aurai vengé sur toi, sur ta horde servile,
Les larmes de ma sœur, la honte de ma ville.
// tire son épée, jette les branches Je mm it mti la couvraient et sort à grands pas. Aristogiton et ses conjurés l'imitent cl le suivent en chantant.
SECOND CHŒUR
De ces myrtes en fleurs j'ai tiré mon poignard! Je brave le grand nombre et la Parque incertaine; Je combattrai! Mon cœur me dit que, tôt ou tard, Naîtra du sang versé la liberté d'Athènc.
SCÈC^E XI.
ISMÉNE, LE CHŒUR.
Mon frère m'abandonne! et des dieux en courroux Les sombres volontés se déchaînent sur nous. Recevez-moi, vieillards, et, devant que je meure, Suppliante à vos pieds, souffrez que je demeure.