scène xi
La terreur obscurcit mes yeux et ma raison ; Je ne saurais marcher jusqu'à notre maison ; Quand j'y serais portée, à la faveur d'un guide. J'y chercherais en vain un refuge: elle est vide! Le toit de mes aïeux n'a plus de défenseur; Le frère a refusé d'y protéger sa sœur. Vieillard, vous êtes père et deux fois vénérable : Gardez de tout affront la vierge misérable.
LE CHŒUR
Reste auprès des vieillards, ils remplacent les dieux.
Xe crains pas qu'un mortel te sois injurieux;
Je t'adopte, ô ma fille, et ta cause est la mienne,
Je ferai respecter la vierge athénienne,
C'est la loi de mon âge, et son dernier bonheur,
De maintenir partout la justice et l'honneur.
Je veille à ton destin ; j'ai ma force et mes armes :
J'ai la parole auguste, ainsi que toi les larmes.
Nul n'osera blesser l'aïeul qui te défend,
Et les droits du vieillard protégeront l'enfant.
Dans ses plus noirs discords, à l'abri des atteintes,
La cité gardera nos deux majestés saintes.
Mais rappelle en tes yeux leur sereine clarté;
Tache de ressaisir ta douce volonté,
Et d'offrir au malheur, en cette heure suprême,
Un cœur soumis aux dieux et maître de lui-même.
Lorsqu'un mortel a fait pour combattre le sort
Tout ce que la sagesse inspire à l'homme fort,
Lorsqu'au grand Zeus il a prodigué ses prières,
Et ses prudents conseils aux amis téméraires,
11 doit se reposer dans un espoir pieux,
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lit, n'ayant point failli, laisser agir les dieux. C'est aux vierges surtout que sied la patience : Le sort n'exige rien de leur douce impuissance; Il suffit que leur cœur soit chaste et soit soumis, Les pleurs et les soupirs lui demeurent permis, Pleure, mais sois paisible et sans crainte, ô ma fille ! Je veillerai sur toi, je serai ta famille! Tu vivras à l'abri de tout nouveau malheur, Dans ce cercle d'aïeux tendres à ta douleur.
Vieillards] entendez-vous des cris, un son terrible? Il se passe, là-bas, quelque chose d'horrible. Des pas lourds, des clameurs, des coups stridents et clairs, D'effroyables soupirs se mêlent dans les airs!
LT5 CHŒUR
Hélas ! j'ai reconnu des plaintes, des menaces, Le bruit du fer sonnant sur l'airain des cuirasses. C'est l'affreuse rumeur d'un combat meurtrier.
Dieux! n'est-ce pas trop tard? Dois-je encor vous prier? Voilà qu'un sombre vent, d'une haleine brûlante, Apporte jusqu'à nous comme une odeur sanglante.
LE CHŒUR
Que de guerriers, hélas ! tombent en ce moment !