A LA PATRIE. JO
QLie ta race et ton Dieu régneront sur le monde, Que rien ne prévaudra contre ton idéal !
Heureux qui meurt un jour de victoire complète. Fier de sa juste cause et sûr de l'avenir! Pour le chef d'un grand peuple et pour son moindre athlète, C'est ainsi qu'il est beau, qu'il est doux de finir!
Quand nos derniers regards ont vu fuir le barbare, Le Perse efféminé, l'exécrable Teuton...
Trois fois heureux le mort dont la tombe se pare D'un de ces noms vengeurs : Bouvine ou Marathon!
Dès que ses yeux sont clos, sa vision commence, Et déjà dans son cœur dont tout le sang a fui. Il a senti couler l'âme d'un peuple immense : Les grands siècles futurs se lèvent devant lui.
C'est ainsi, pour nous faire une France immortelle, Qu'ils tombaient souriant, nos superbes aïeux ; Qu'ils ont, pendant mille ans, trouvé la mort si belle. Qu'alors tout cœur de brave était un cœur joyeux.
On s'immolait, chacun à sa noble chimère, A sa gloire, à son Dieu, — deux mots anéantis! L'homme ignorait encor la nature, une mère Qui nous a créés tous serfs de nos appéiis.
11 regardait le ciel, enivré d'espérance ; Même en faisant le mal, il adorait le beau. L'amour de l'invisible a fondé notre France; Lui ravir l'idéal, c'est la mettre au tombeau.
Son orgueil a visé plus haut qu'à la richesse ;
Il ne lui suffit pas d'un vulgaire bonheur ;
A travers la folie, à travers la sagesse,
Elle a vécu mille ans de ce seul mot : l'honneur?
L'honneur, c'était la sève et le sang de nos veines, Animant tous les cœurs égaux malgré les lois, Montant des pieds de l'arbre à ses branches lointaines Jusqu'au royal sommet du grand chêne gaulois.
S'il tarit, si le Christ, dont la foule se raille, Des gouttes de son sang ne veut plus le nourrir. Si ce Dieu perd chez nous sa dernière bataille... Le matin de ce jour, tâchons de bien mourir.
Partout l'effroi, partout de sinistres présages! On m'enseigne, et j'entends, la rougeur sur le front. Que l'âme a disparu sous le scalpel des sages. Que la bête nous reste et que les dieux s'en vont.
Toutest matière en moi, tout meurt; le ciel est vide ! Un esprit l'habitait, seul principe du bien; J'interrogeais, là-haut, un père, un maître, un guide... Et d'horribles pédants m'ont répondu : « Plus rien ! »
Rien! c'est ton dernier mot, ô science moderne. Jouissons, s'il se peut; rien avant, rien après!