CHANSON DES GNOMES
Ecoutez, oyeux démons,
Les sermons D'un amour à face blême, Préludant, soir et matin.
LA TOUR d'ivoire. 6/
Au festin, Par des propos de carême.
Oh! les tristes amoureux,
Sots, peureux, Glacés, transis par les fièvres.
Qui, pouvant boire à plein cœur
Ma liqueur, S'enivrent du bout des lèvres!
Que c'est bien passer le temps
Du printemps; Quels doux plaisirs sont les vôtres !
Eh quoi! lèvres de corail,
Dents d'émail.
Pour dire des patenôtres?
On laisse — et l'on croit aimer ! —
Tout chômer :
OEil lutin, bras de sirène, Sein de lis et cheveux d'or.
Ce trésor A faire un manteau de reine.
Mêlez donc, vous ferez mieux.
Ces cheveux Au crin des âpres cilices; Faites- en, triste jouet,
Un long fouet Pour fustiger les novices.
Qu'on me vienne, en tel émoi,
C)H LKS VOIX DU SItP, NCë.
Faire à moi
Cette morale imprudente; Je mets vite à la raison.
En prison, Les lèvres de la pédante!
Honnis soient le Saint-Graal,
L'idéal, Et nargue de la croisade !
Au coin du bois, pour saisir
Le plaisir, Viens te mettre en embuscade.
Tu vas contre le courant
Du torrent.
Il est plus doux de le suivre.
Pourquoi chercher des tournois,
Des exploits Comme on en fait dans les livres^
Pourquoi jeûner, dans l'espoir
De l'asseoir Chez ceux de la Table ronde, Quand le festin de l'amour,
Nuit et jour, Est servi pour tout le monde ?