‹ Œuvres poétiques (volume 3)Chapitre 23 sur 113 · UNE VOIX · texte numérisé non relu

UNE VOIX

Va! rêve encor vertus et travaux fabuleux. Coupes de diamants d'un sang divin remplies. Auiour éternisé dans un champ de lis bleus... La terre n'a di bon que ces saintes folies.

l A TO U R d' I VO I R E. 6Ç

Un prodige s'est fait : le triste abandonné A trouvé sur sa route une sœur douce et tendre ; Ce miracle d'amour, c'est à toi de le rendre, De le rendre en honneur à qui te l'a donné.

Poursuis donc ta chimère, escalade les nues; Devant ce talisman les cieux s'abaisseront; Monte ! et si tu ravis des perles inconnues, Reviens en étoiler son front.

La montagne au couchant rayonnait haute et fière.

Lui, fasciné, poussé du cœur vers la lumière.

Il court, et dans sa foi rien ne peut l'ébranler;

Mais le brillant sommet paraissait reculer.

Chaque jour, forçant l'homme à de nouveaux miracles.

Abrégeant la distance, entassait les obstacles.

Tous ses premiers combats n'étaient que jeux d'enfant :

Cent hydres succédaient à l'hydre qu'il pourfend;

Des gouffres ténébreux s'ouvraient dans chaque ornière ;

Tout l'enfer s'amassait pour la lutte dernière.

Un monstre à chaque pas, né de l'air ou du sol,

Lui barrait le chemin, le heurtait dans son vol;

Ce n'étaient que géants, dragons de toutes tailles;

Et le fer s'ébréchait sur leurs dures écailles.

Dès qu'un instant le bras se reposait\ainqueur.

D'autres plus grands périls venaient tenter le cœur :

Le monde est tout fleuri de ces dangers qu'on aime ;

Il faut, à chaque pas, percer un stratagème,

Du fruit le plus vermeil repousser le poison.

Et du lis le plus blanc la noire trahison.

Des belles aux bras nus, formant un joyeux groupe,

L'enlaçaient dans la ronde et lui tendaient la coupe.

70 LESVOIXDOSHENCE.

D'insidieux festins, sous des rosiers servis, S'offraient à tous les sens du même coup ravis. L'insecte aux feux impurs le piquait sous le frêne. Tout arbre a sa dryade et tout flot sa sirène; Sur tous les lacs, émus du bruit des instruments. On voit, de chaque rive, en des lointains charmants, Briller la harpe d'or entre deux seins de neige. Jusqu'aux nids des ramiers qui vous dressent leur piège. On boit daiîs l'air des soifs qu'on ne peut apaiser, Et tout ce qu'on écoute a le son d'un baiser. Il part ; et si la dent ou la griffe le blesse, Le sourire émoussé meurt contre sa sagesse, Et pas plus le soupir que le rugissement De son ferme sentier ne l'écarté un moment. Il parviendra! Voici le rocher sur la grève : Ses deux mains ont touché ce qu'avait vu son rêve. Mais combien las, vieilli, consumé par l'effort. Et dans quel déniiment il va gagner le port! N'ayant pour assaillir la muraille escarpée Qu'un chapelet de buis et qu'un tronçon d'épée.

Au milieu d'un jardin fermé d'un haut rempart, L'immaculé donjon invitait le regard; Il émergeait de l'ombre et de la roche noire; Le jour naissant jouait sur les créneaux d'ivoire. Et le preux saluait du cœur la blanche Tour. Du long mur qui l'enserre il fait vingt fois le tour : Pas de brèche, une porte unique, elle est barrée! Il n'aboutira donc qu'à mourir sur l'entrée ! Le mur est de granit et la porte est de fer ; Nul ne la brisera, demain pas plus qu'hier. Morne et baissant la tête et ne sachant que faire.

Le preux sur sa poitrine aperçoit le rosaire : Son talisman parlait et s'ortVait. Il comprit. Lui fit toucher la porte... et la porte s'ouvrit.

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