SILVA NOVA
Allons revoir la place où fomba le grand chêne Dont j'interrogeais l'âme et que j'ai tant pleuré; L'herbe a jauni vingt fois et verdi dans la plaine; Et tout, honnis mon cœur, tout s'est tratisfiguré.
Surprenons dans ces bois l'œuvre de la nature ; Je sais trop ce qu'ont fait et défait les humains, Depuis que j'en reçus ma première blessure Et que mon vieil oracle a péri de leurs mains!
J'aimais comme un aïeul cet arbre aux fortes branches; Il parlait à -mon cœur de paix et d'infini; Je goûtais à ses pieds, sur un lit de pervenches, Ce repos créateur d'où l'on sort rajeuni.
Je lui dois des sommeils plus féconds que mes veilles ; Sous son ombre un jour pur se levait dans mon cœur ; Mes chants volaient, pressés comme un essaim d'abeilles, Et laissaient sur ma lèvre une étrange douceur.
9+ LESVOIX DU SILKNCE.
Je ne sais quel parfum et quel souffle des choses S'exhalaient et coulaient dans mon sang agite; Les paisibles esprits des chênes et des roses M'armaient pour bien des jours de leur sérénité.
L'homme survint, frappa ces antiques racines; L'arbre géant croula sous son triste vainqueur; Le sol fut longuement sillonné de ruines; Plus d'ombre! Et je partis ayant le deuil au cœur.
Je reviens. Le temps creuse et guérit bien des plaies; Voici mes vieux sentiers avec de jeunes haies. Montons! j'ai vu ce lieu si chantant et si vert, Et la mort du grand chêne en a fait un désert! Sachons, sur ces hauteurs par l'homme abandonnées, Ce qu'a pu la nature au bout di vingt années.
Dans l'herbe, au pied du mont, plus vive que jamais. Attestant le retour des bois sur les sommets. Une eau gazouille et fuit; un vent de bon augure, Plein de vagues senteurs, fraîchit sur ma figure. Des bruits confus, d'oij perce un cliant rapide et clair, Viennent à nous d'en haut avec les flots de l'air. Tout part de ce sommet, tout ce qui se sent vivre, Et la voix qui me berce et l'odeur qui m'enivre. Tout semble avoir là-haut son asile caché. Les pinsons, le chevreuil qui passe effarouché,