LE DERNIER DRUIDE. I
Accroupis dans les flancs des monstres que je brave, Ou leur frayant la route ainsi que des captifs?
Que m'importent cesdieux, ces démons, ce mystère! Je me sens libre encor, j'insulte à leur pouvoir. A ce règne fatal il faut céder la terre; Mais ni moi ni mes fils n'acceptons de le voir.
Mourons! place aux vainqueurs et qu'ils soient anathèm:s; Place aux dieux inconnus, place au gouffre béant; Et livrons sans frémir, en nous frappant nous-mêmes, Le monde à ce progrès... peut-être à ce néant!
Unis au grand vieillard de corps et de courage. Ses fils, échos vivants de son hymne sauvage. D'une sombre clamjur lui faisaient un refrain, Appuyaient chaque mot de leur geste d'airain. Lui, cjmme aux jours sacrés où les plantes prescrites Sous sa faucille d'or tombaient suivant les rites, Comme s'il efit tranché, d'une paisible main, La verveine et le gui qui renaîtront demain. Comme si, pour la greffe, il fendait ses arbustes, Tourne sa lame autour de ces gorges robustes. Un monde était fini! lui, sans même un frisson, Il reçut à pleins bras son horrible moisson, Rangea sur le bûcher cette gerbe sanglante, Fit flamber la résine à la torche brijlante.
I^O lESVOIX DU SILENCE.
Et, penché sur ses fils, d'un coup et sans eiïort, Plongea l'outil sacré dans son cœur déjà mort.
Il tombe ; un souHle aigu d'en haut vint à descendre, Et bientôt à mes pieds je n'eus qu'un tas de cendre. Des hêtres aux sapins, un long mugissement Tournait, dans l'ombre, autour de ce tertre fumant. Je demeurai, transi de vertige et de crainte, Jusqu'à l'heure où je pus toucher la cendre éteinte. J'ai caché de mes mains, sous un gazon pieux. Ce qui restait des os de ces derniers aïeux. Sous les charbons, la serpe était noire et tordue. Je la pris; je la garde à ce mur suspendue; Et souvent, l'œil fixé sur ce morne trésor, Je me dis : Que feront nos enfants de cet or?
Septembre 1S64.
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