IV. j
Ij8 LES VOIX DU SILENCE.
En admettant ma race au partage du monde, L'invincible nature avait gardé ses droits; Nous rognions à nous deux dans la forêt profonde; Nos chênes se tenaient debout devant la croix.
J'y suspendais encor de nocturnes tropliées Aux patrons des taureaux, aux esprits familiers; Les anges s'y mêlaient au cortège des fées, J'avais, dans mon désert, des amis par milliers.
De ces liôtes cliéris la terre est dépeuplée ; Et mes vieux compagnons chassés de leurs travaux, Mes bœufs humiliés tremblent dans la vallée : Tout cède, hommes et dieux, à ces démons nouveaux.
Dans le sillon banal je ne veux pas les suivre; Je sais qu'on les adore et je vois qu'ils sont forts. Je renonce à lutter, mais je renonce à vivre... Il est temps de mourir, puisque mes dieux sont morts.
Je refuse à jamais un autre dieu pour maître. Ils profanent en vain le sol que je défends ; Pour passer sous le joug je ne veux pas renaître; Le monstre envahisseur n'aura pas mes enfants.
J'ai vu crouler partout les forêts, mon vieux temple; Et ce globe asservi perd déjà sa beauté. L'homme y cueillera-t-il une moisson plus ample? Aura-l-il pour sa part au moins la liberté ?
Quels peuples germeront de la nature esclave? Quels tiers esprits, quels fils à ces aïeux craintifs,